Voici comment les éditions du Colporteur présentent le quatrième roman de Pascal Chabaud :
« Comment les traumatismes de l’Occupation s’invitent-ils au cœur des Trente Glorieuses ? C’est le nœud de l’intrigue que déploie Pascal Chabaud dans ce quatrième volet des enquêtes du commissaire Joseph Dumont. À travers un véritable tour de force littéraire, l’auteur lie par le fil invisible d’une même enquête deux épisodes cruciaux de notre mémoire collective, projetant le lecteur de la clandestinité lyonnaise sous le joug allemand en juin 1943 — à la veille de l’arrestation de Jean Moulin — au Paris de décembre 1964, alors que les cendres du grand unificateur entrent au Panthéon.
C’est au cœur de cette fresque historique, nourrie par un immense respect des Archives, que la fiction éclaire le passé sans jamais le trahir. Pascal Chabaud excelle à faire cohabiter deux ambiances radicalement différentes, faisant basculer le lecteur avec la même intensité de la tension palpable qui rôde dans les rues de Lyon en 1943 à l’effervescence d’une France en pleine mutation en 1964. La musique dans les transistors, les films à l’affiche et les objets cultes de l’époque viennent alors constituer le sel de ce roman noir, offrant une formidable machine à voyager dans le temps. »
J’avais eu le privilège de lire et d’apprécier le manuscrit avant publication de « L’Ombre de Jean Moulin » et de m’entretenir avec son auteur lors d’un entretien virtuel à « Quelques nuances... d’auteur,e,s de polars » que j’anime à Québec, sur une base mensuelle, depuis février 2026. J’avais préparé ce projet d’avis de lecture dans l’attente de la réception de l’ouvrage :
Dans « L’Ombre de Jean Moulin », Pascal Chabaud nous propose la quatrième enquête du commissaire Joseph Dumont, un personnage que l’auteur fait évoluer depuis plusieurs romans au cœur des heures les plus sombres de l’histoire de France.
Cette fois, il nous entraîne dans une histoire qui se déroule sur deux époques et qui nous ramène au cœur de la Résistance française.
J’ai particulièrement apprécié ce choix de l’auteur qui lui permet de faire alterner deux périodes historiques très différentes.
D’une part, la ville de Lyon de 1943, où la Résistance doit composer avec l’occupation allemande, les réseaux clandestins, les arrestations et la menace permanente de la Gestapo.
De l’autre, la France de 1964, celle des Trente Glorieuses, qui veut tourner la page de la guerre et construire une nouvelle image de la République, mais où certains secrets de l’Occupation sont loin d’être disparus.
En plaçant Jean Moulin considéré comme l'un des principaux héros de la Résistance au cœur même du récit, Pascal Chabaud réussit habilement à créer un lien entre ces deux époques et fait ressurgir des événements que certains auraient probablement préféré laisser dans l’ombre. Son arrestation à Caluire, en Auvergne, contribue à nourrir l’intrigue romanesque sur ce qui a pu se passer autour de cet événement et sur les zones d’ombre qui peuvent subsister plus de vingt ans après.
Pascal Chabaud a développé une intrigue autour des conséquences de l’Occupation et sur la manière dont certains événements du passé peuvent continuer à influencer le présent.
J’ai retrouvé avec intérêt Joseph Dumont, ancien commissaire révoqué par Vichy, dont le parcours est lié aux événements de 1943 qu’il doit tenter de comprendre en poursuivant sa mission lui aussi dans la clandestinité en tant que projectionniste dans une salle de cinéma. Et 1964 qu’il est devenu commissaire à la Police judiciaire de Paris alors que certaines blessures et certains souvenirs du passé sont toujours présents.
L’auteur nous permet de suivre l’évolution personnelle de son protagoniste en illustrant comment les années peuvent modifier un homme sans nécessairement effacer ce qu’il a vécu.
Pascal Chabaud est historien de formation et ça se sent dans la composition de son récit. Il s’appuie sur une abondante pour restituer avec précision les différentes époques et les événements réels auxquels ses personnages sont confrontés. Sans prendre le dessus sur la fiction. Tout réside dans l’art d’intégrer les événements historiques pour appuyer l’intrigue policière au cœur du récit.
L’auteur auvergnat utilise avec brio le polar comme instrument pédagogique grand public sans vouloir remplacer les travaux des historiens ni à présenter une tout autre vérité historique que celle qui repose sur les faits. Comme écrivain, il utilise les côtés obscurs de la nature humaine, les événements connus et les personnages réels comme matière première de sa fiction policière. Les lectrices et les lecteurs sortent davantage informés d’une portion de l’histoire officielle de la France intégrée dans la trame dramatique, source d’inspiration de l’auteur.
« L’Ombre de Jean Moulin » qui illustre la couverture de première, inspirée de la photo officielle du collaborateur de Charles De Gaulle, est un polar historique documenté, qui nous rappelle que certains événements peuvent continuer à hanter une société longtemps après leur mention à la une des journaux et dans les livres d’histoire.
Je vous recommande chaudement la lecture de cette quatrième enquête de Joseph Dumont. Et comme moi, vous aurez probablement envie de retrouver ce personnage imaginé par Pascal Chabaud dans une prochaine enquête.