Il s’agit de la réédition du titre « La peste soit des mangeurs de viande » déjà paru chez La Manufacture de livres en octobre 2017. Ce roman noir met en scène la lutte sociale menée en 2014 par les ouvriers des abattoirs GAD en Bretagne et la mouvance radicalisée de la cause animale. C’est très bien documenté et toujours d’actualité.
Le capitaine Pierre Luchaire de la Direction Départementale Interministérielle de la Protection de Paris ( rassemble la Répression des fraudes et les Services vétérinaires, Luchaire était de la Véto ) a été assassiné, une véritable exécution dans un abattoir de Seine-et-Marne. Un flic tué, le capitaine Étienne Barzac de l’IGPN entre en scène, il a tout du bœuf-carotte, solitaire et efficace ce qui le rend encore plus antipathique. Coté vie privée, Barzac n’est pas gâté, sa femme est atteinte d’un cancer en phase terminale. Contre toute attente il va faire preuve d’humanité en prenant sous son aile la jeune lieutenante Salima Belloumi et en fait sa binôme en l’emmenant en Bretagne où Luchaire avait eu des démêlées. Emmener Salima en Bretagne, c’est la protéger d’un mari violent, islamiste radicalisé. L’enquête tourne court comme si toutes les traces avaient été effacées. Une tragédie met fin à la collaboration entre Barzac et Salima et ces deux flics quittent le récit que l’on peut situer après 2015 puisque les attentats islamistes sont évoqués.
Le seconde partie du roman va éclairer et détailler cette affaire, le lecteur va savoir « Ce qu’il s’est passé » ( titre de la seconde partie ). Luchaire enquête sur le groupuscule La Mort est dans le pré, issu de l’ultra gauche, radicalisé et antispéciste, désireux d’infiltrer les abattoirs GAD. Divers militants sont mis en scène dans un scénario réaliste et crédible reposant sur une documentation solide. Nous sommes principalement en 2014, des mouvements sociaux agitent les abattoirs GAD de Bretagne ( Gad dans la réalité et qui pour Macron employaient « une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées » ). Chef d’entreprise violent, extrémistes violents ne sont pas occultés mais les scènes dans les abattoirs au travail ( abattage de porcs en l’occurrence ) sont plus que violentes, difficilement soutenables : si les abattoirs avaient des murs en verre, nous serions tous végétariens . Plus que le polar, je retiens de ce récit la dénonciation du cynisme criminel sans limite de l’industrie agro-alimentaire de la viande.
Frédéric PAULIN – Le sang de la bête . Lu l’édition de mars 2026, La Manufacture de livres, collection La Manuf. ISBN 9782385533212. Première parution en octobre 2017, La Manufacture de livres, ISBN 9782358875578.
Présentation éditeur ( édition 2026 ) : Un policier est retrouvé assassiné dans un abattoir, un post-it « Peuvent-ils souffrir ? » sur son corps. Très vite, un groupe de défenseurs des animaux est mis en cause. Mais l’enquête de l’IGPN, la Police des polices, va mettre au jour une autre réalité : celle des abattoirs, lieux de violence ordinaire où s’entremêlent vies humaines, silences imposés et intérêts économiques.