Beaucoup plus fort que la mort

PARTAGER

Vous faites quoi ici ?

Heeee ! Vous là… ! 

Ne restez pas là, figée comme une girafe trisomique !

Nous sommes dans un cimetière monsieur !

Crie Adelaïde ! 

Elle est située pas loin de l’individu qui vient d’arriver…

Elle parle à une figure fantomatique éthérée, tout juste lévitée de son corps, que la vie a péniblement abandonné et déposé là, comme un vœu indéterminé un peu bâclé.  Échoué d’une planète toxique et en plein chaos, tout juste arrivé de la matérialité humaine connue pour être instable, insatiablement matérialiste et carnivore et au passage stupide, ceux des humains vivants dominants. Et lui, il est là, sonné presque comme un fantôme débutant posé comme une fleur fanée-figée en hologramme scintillant, commençant lentement sa métamorphose vers sa nouvelle essence celle de morts, celle qui personne sur terre et vivante ne connaît, celle de défunts, des terminés, des silencieux, des futurs oubliés, de la poudre de perlimpinpin, de la poussière humaine inventée grâce aux cendres ! diront certains, propulsés sur la planète des néants !

D’ici.

C’est tragique de se trouver ainsi.

Son big bang individuel commence : il tente d’entrer-sortir comme à travers une immense bulle de savon transparent, brillant de mille couleurs pastel de l’arc-en-ciel, et se trouve au cœur d’un ciel-corps en gaz de nitescence ! ce gaz qui brille jusqu’à bruler la rétine des mortels ! il est enfermé encore dans son passé vivant tout simplement !

Il se lève, mais son corps-alourdi de matière reste à jamais couché allongé, agrippé à l’écorce de la vie comme une cigale. 

Le chaos quitte le corps, quitte l’humain, mais pas cette terre, il se trouve planté sur du néant, sans savoir encore comment appréhender cette nouvelle existence, ni quoi faire d’elle. Comment re-exister après cette dernière épreuve ? 

Et comment capturer l'essence de cette renaissance ?

 

Surtout que faire ?

 

Voilà que luire n’est plus du domaine automatique de la vie humaine c’est une expérience distincte de celle d’exister dans un corps de chair et d’os, et faire bouger sa masse-carcasse, tout au long d’une vie. 

D’activer son cerveau, lui donner des ordres, le diriger…

Tout change enfin, ou presque… 

 

On est dans l'univers onirique dans un sortilège subtil et vertigineux. Tel un fantôme traversant les frontières de la perception, ce cimetière est magique ! le personnage se glisse entre les interstices du réel, devenant l'observateur spectral de l'existence humaine. 

Sa transparence n'est pas une absence, mais une présence intense et mystérieuse. Chaque mouvement est une danse imperceptible, chaque regard est un murmure à travers les murs de la réalité pesante.  L'invisibilité se transforme en métaphore existentielle : être et ne pas être, voir sans être vu, fragmenter l'identité de vivants désarçonnés 

 

De l'intellection évolutive émerge l'idée de sortir de son corps, quand le couperet tombe, cassant la pipe de l’existence et donne son signet final et c'est précisément cela : un mélange d'adrénaline et de nitroglycérine brillante et volatile, qu’au contact d'une étincelle passante, fait tout exploser.  Nous sommes les résultants de ce cocktail que la vie prépare depuis des lustres, depuis que la terre est née, depuis que nos parents ont copulés, nous sommes positionnés là juste devant le stade de morts dans ce jardin suspendu sur la ville, sur cette montagne émotionnelle de Paris, le grand cimetière :

« Le père Lachaise ». Bienvenue dans ce phalanstère géant, où nous, les résidents résidus d’ici, lieu où nous luttons avec cette nouvelle forme existentielle que nous venons de transgresser, et toujours sans savoir quoi faire de cette dépouille qui nous colle aux basquets, incertains à la manière de réagir dans ce nouvel environnement.

C’est le néant !

Du vide magistral !

Adelaïde :

-L’accroupie, répondez !  

 

-Vous là -Crie Adelaïde…son hologramme, furtif comme un éclair pulvérisant l’ensemble, se fige devant Joss :

Soudan elle est là, plantée comme un cactus épileptique la gueularde, mate fixement, elle scrute et charcute avec ses questions, impossible de la faire changer, elle est née comme ça, ou a plutôt été enterrée comme ça, comme une gamine urticante, dans un lieu où personne voulait aller…un cimetière trop loin aux bords de la ville et pire en 1804.

Adelaïde crie !

Réveille-toi !

Silence…

Dans ce vide sidérant tu saisis ton pourcentage d'éternité, défie l'instant momifié. 

Ose découvrir ta nouvelle plastique existentielle, transgresse les limites de ton essence. Brise la glace, explose les dimensions des flash-backs répétitifs ! Ne te laisse pas paralyser par l'indescriptible. Arrache-toi à ce monde de non-vivants


Publié le 29/12/2025 / 28 lectures
Commentaires
Publié le 29/12/2025
J’ai été surpris par le début et je me suis laissé emporté par cette impulsion cosmologique et métaphysique. Et j’aime bien la chute qui reste indécise, y a t-il seulement des réponses à toutes nos questions… merci du partage Lucie.
Publié le 29/12/2025
Ce texte est bouleversant parce qu’il ne parle pas seulement de la mort, mais de la désorientation du passage. On y sent la confusion d’un être qui ne sait plus s’il doit partir ou rester, s’il est encore matière ou déjà souvenir. L’image du corps « agrippé à l’écorce de la vie comme une cigale » est magnifique : elle dit à la fois l’attachement et la mue, la fin d’un cycle et la promesse d’un autre. Le style, foisonnant, presque organique, épouse parfaitement le sujet. Les phrases longues, les métaphores cosmiques, les éclats de lumière et de poussière donnent au texte une dimension quasi mystique. On y perçoit une renaissance inversée, une naissance à la mort, où le chaos devient matière première d’un nouvel état d’être. C’est un texte qui ne se lit pas seulement : il se traverse, comme une frontière.
Publié le 30/12/2025
Une étude récente d’une scientifique créditerait la thèse d’Einstein selon laquelle la conscience précède la matière, il semblerait donc que la mort ne soit plus que celle du corps, rien ne finirait donc. A suivre les modalités et expériences qui suivraient ce fameux tunnel tant de fois raconté. Et si on l’écrivait dans un prochain atelier ? Mary si tu es partante il y a un prochain créneau à prendre en février, tu es une auteure engagées qui te permets de te saisir de cette responsabilité. Tu peut aussi proposer d’autres sujets, n’hésite pas, tu y es légitime.
Publié le 30/12/2025
Merci Léo pour ta proposition, elle me touche beaucoup. Pour être honnête, je ne me sens pas encore prête à aborder un sujet d’une telle portée. J’ai encore des doutes sur ma légitimité à le traiter, même si l’idée m’inspire profondément. Heureusement, j’ai jusqu’en février pour y réfléchir… peut-être que d’ici là, les mots viendront d’eux-mêmes.
Publié le 30/12/2025
Ce sera alors avec plaisir, et comme je le disais, ce sujet ou tout autre sue tu te sentirais et plairais de partager. A plus tard.
Publié le 31/12/2025
C'est original et ponctué de belles images. A relire plusieurs fois pour en comprendre tous les sens et tout l'essence!
Publié le 31/12/2025
J'apprécie tout texte "surnaturel" bien écrit quand - bien même je ne crois plus aux fantômes ni à l'immortalité. Chacun reste libre de ses croyances et espoirs et de ses incroyances.
Publié le 31/12/2025
Le style narratif est audacieux et évocateur. Dès le début, le ton est direct, engageant. La voix d’Adelaïde interpelle, crée une dynamique intrigante, et contraste avec le sujet du cimetière. Phrases exclamatives, langage familier contribuent à ton style percutant et dynamique. L’expression “figée comme une girafe trisomique” illustre l’humour noir qui s’entrelace avec le sérieux du sujet, ça ajoute une couche de complexité au texte. Le langage riche en métaphores, comme “big bang individuel” et “bulle de savon transparent”, crée une image visuelle puissante de cette transformation. L’idée de “poussière humaine” et de “planète des néants” soulève des questions profondes sur ce que signifie réellement “vivre”. La distinction faite entre “luire” et “exister dans un corps de chair et d’os” interroge la nature même de la vie et de la conscience. Et la répétition de “comment” dans les questions rhétoriques renforce l’incertitude et l’angoisse. Tu parviens à toucher des thèmes universels tout en apportant une perspective unique sur l’expérience humaine face à la finitude. J’adore, ça rebooste et j’en veux encore. Merci, Nahuell ! :)
Publié le 07/01/2026
Bonjour et mille merci pour vos mots, ils me conduisent et m'aident à construire...
Connectez-vous pour répondre