Une véritable libération ! Léa s’était enfin séparée de Lucas et ne voulait plus jamais en entendre parler. Elle était passée par toutes les phases avec lui, l’amour fou du début de la relation, l’amour raisonné des moments tendres puis, rapidement, l’incompréhension, la remise en question et enfin la détestation pure et simple et la fuite.
Elle s’en voulait ; Lucas s’était montré charmeur, elle l’avait trouvé séduisant et avait occulté inconsciemment des défauts de sa personnalité qui s’étaient révélés des tares irrémédiables à la longue. Beaucoup d’autres qu’elles, pourtant, seraient tombées dans le panneau.
Léa avait mis au moins un mois à comprendre que Lucas était un gros réac autocentré. Il avait insisté pour qu’ils vivent ensemble rapidement et elle s’était pliée à ses demandes pour le satisfaire au mieux. Au début, elle avait apprécié lui préparer des bons repas, trouvait normal de s’occuper des tâches ménagères pour lui laisser du temps libre mais les premiers signes de son manque de considération étaient apparus lorsqu’elle était tombée malade. Elle attendait du réconfort et que Lucas s’occupe d’elle et la dorlote un peu mais il l’avait juste oublié le temps de sa maladie et s’était permis un SMS lui demandant de vite guérir car il en avait marre de se faire des pâtes.
Choquée de sa réponse, Léa était pourtant revenue avec de bonnes intentions toutefois avec une pointe de méfiance. La vie de couple avait repris son cours mais cette fois elle observerait mieux ses travers. Elle s’était alors rendu compte de la toxicité de son discours envers les femmes, des vidéos d’influenceurs mascus qu’il suivait. Finalement, alors qu’elle avait provoqué une altercation au sujet des tâches ménagères qu’il ne faisait jamais, il l’avait frappé au visage.
L’amour rend aveugle … Non, l’amour rend conne !
Elle était rentrée chez elle, avait fait changer la serrure de son appartement, coupé tout lien avec lui sur les réseaux sociaux et appelé son frère à la rescousse quand Lucas était venu la rechercher en la menaçant. Ce dernier lui avait alors asséné un énorme coup de boule qui lui avait cassé le nez. Lucas n’était plus revenu.
Léa recommençait à vivre et à vivre pour elle. Elle redoublait d’enthousiasme pour ses cours aux Beaux-arts et put prendre du temps pour se perfectionner. Elle revoyait ses copines, sortait de nouveau et s’était remise au jogging. Elle appréciait ses moments de course solitaires, elle sortait rapidement de la ville pour courir dans les chemins sur une boucle d’une dizaine de kilomètres. Aujourd’hui, elle s’était décidée pour un trajet à travers la forêt ; c’était un sentier peu connu et peu fréquenté, surtout au mois de Mars mais très joli et elle n’avait pas peur. Si on la mettait en garde au sujet d’agressions, elle plaisantait en disant qu’elle courait suffisamment vite pour s’échapper.
Cela faisait bien une grosse demi-heure qu’elle courait et son corps commençait à libérer de l’endorphine. Sa petite douleur au mollet disparut et une vague euphorisante déferla en elle, elle se sentait si légère ; en fermant les yeux, elle s’imaginait voler dans les airs. Tout à son introspection sensorielle, elle n’entendit que très tardivement des pas de course derrière elle. Elle tourna rapidement la tête et vit un homme immense fondre sur elle, il n’était qu’à quelques mètres. Saisissant immédiatement la situation, elle commença à accélérer sa foulée mais, deux secondes plus tard, une main ferme lui agrippa l’épaule et la freina. Elle paniqua et se mit à crier alors que l’homme, derrière elle, lui appliquait un mouchoir sur le visage. Elle se débattit quelques secondes mais déjà, ses jambes flageolaient, elle eut le temps de penser « Pas encore ! Pas maintenant ! » avant de sombrer dans l’inconscience.
Elle se réveilla dans une pièce sombre, froide et humide. Elle vit d’abord les murs en parpaings nus, parsemés de salpêtre, une petite lucarne en hauteur laissant s’échapper un peu de lumière et une lourde porte en bois fermant l’unique sortie de cette pièce.
Elle était allongée sur un lit de camp avec une couverture à fleurs roses, très kitsch, posée sur elle. Son kidnappeur l’avait mise dans cette prison grise et terne et voulait peut-être l’humilier avec ce bout de tissu moche et criard qui dépareillait totalement.
Que faisait-elle là ? Pourquoi c’était tombé sur elle ? Ce n’était pas Lucas, elle en était sûre, l’homme qui l’avait agressé devait faire une bonne tête de plus. A première vue, elle n’avait pas été violée, on lui avait, de plus, laissé ses habits ainsi que les clés de son appartement. Elle regretta de ne pas avoir pris son portable pour courir mais elle détestait le superflu pour le sport.
Léa fit rapidement l’inventaire de sa geôle, un lit, une porte et un seau qu’elle imagina prévu pour ses besoins naturels, cet endroit était sordide au possible si ce n’était cette couverture rose.
Elle commença par tâter les murs, espérant des zones friables, puis sonda le sol sans trouver d’échappatoires. La porte était bien verrouillée de l’extérieur et suffisamment solide pour qu’elle meure de vieillesse avant de la voir s’abîmer.
En mettant son lit en cathédrale, elle put se hisser jusqu’à la lucarne et voir dehors, il faisait encore jour. Elle était en pleine campagne, face à une forêt. Elle aurait pu crier et appeler à l’aide mais la vitre aurait atténué son cri et alerté son ravisseur. Et impossible de s’échapper par là ; des lourds barreaux de fer bloquaient la sortie.
Léa avait peur bien sûr mais ressentait aussi beaucoup de colère. Elle venait de se libérer de l’emprise d’un mec malfaisant et un taré, un tordu, la kidnappait pour lui faire subir on ne sait quoi. Elle commença à tourner en rond dans la pièce en maugréant. Plus elle marchait, plus elle s’énervait ; elle finit par crier et donna un grand coup de pied dans le seau qu’elle fit valdinguer. N’en pouvant plus d’attendre, elle tambourina à la porte de toutes ses forces en hurlant pour qu’on la sorte de là mais personne ne répondit ni ne vint lui ouvrir.
En désespoir de cause, elle s’effondra sur le lit, ravalant son amertume et ses larmes. Une heure ou deux plus tard, elle entendit du bruit au dessus. Quelqu’un rentrait dans la maison. Aux aguets, Léa écouta les bruits des pas qui durèrent quelques minutes ; ceux-ci se firent plus précis et plus proches, une personne descendait des escaliers, sûrement ceux menant à la cave. Elle se leva du lit et se positionna au centre de la pièce, prête à toute éventualité.
La porte se déverrouilla et le grand escogriffe qui l’avait attrapé apparut. Il était brun, aux cheveux longs et avec une barbe d’un mois cachant mal son aspect patibulaire, un gros nez busqué et des petits yeux noirs et méchants qui la fixaient au milieu d’un visage carré et d’une mâchoire du même type. Sa tête jurait avec ses habits, un jean bleu classique, une chemise blanche, une cravate de bureau bleue foncée et une petite veste de costume noire.
Léa réfléchit à toute vitesse, qui cela pouvait-il être et pourquoi l’avait-il amené ici ? Un assassin ? La DGSE ? N’en pouvant plus d’ignorer la raison de sa capture alors qu’il continuait à la regarder sans un mot, elle brisa le silence.
- Qui êtes vous ? Et qu’est-ce que je fais ici ? Sa voix tremblait d’inquiétude et d’irritation.
L’homme attendit quelques secondes avant de répondre de sa voix grave.
- Je m’appelle Dimitri et, euh, je vous ai fait venir ici pour vous parler. Hum !
Ce grand échalas se tordait les mains maintenant. Bon sang, que voulait-il ? Comment ça « il l’avait fait venir ici » ? Il l’avait kidnappé !
- Bon, voilà, est-ce que vous seriez d’accord pour, euh, que l’on tombe amoureux ? L’un de l’autre ?
Léa écarquilla les yeux. Plusieurs pensées la traversèrent simultanément.
Primo, de l’incrédulité, elle n’était pas sûre d’avoir bien compris la phrase tant ce que lui annonçait ce type était énorme. Puis, du dégoût ; ce mec ne lui plaisait pas physiquement mais surtout il l’avait enlevée. Elle ne le connaissait pas mais le détestait définitivement. Enfin, le courroux prit le dessus. Comment il pouvait la chloroformer et l’enfermer et penser qu’elle pourrait avoir des sentiments pour lui. Elle se maîtrisa et garda son calme autant que possible, elle était toujours captive et devait garder pour objectif de sortir d’ici. Par contre, hors de question de rentrer dans son jeu. Ce gars ne devait rien s’imaginer avec elle. Strictement rien.
- Alors, non ! Je ne suis pas intéressée. D’ailleurs, je suis déjà fiancée mentit-elle. Elle tenta de parler d’une voix ferme pour cacher son appréhension.
L’homme baissa les yeux, l’air triste ; il la regarda, se tordit les lèvres et referma la porte.
Léa se rua sur la porte et martela la porte.
- Eh attendez ! Vous ne pouvez pas me garder ici ! Libérez moi !
Mais déjà les pas s’éloignaient dans l’escalier. Léa continua à crier mais en vain, Dimitri ne l’écoutait plus. Elle s’assit sur le lit et tenta de comprendre la situation avec les éléments en sa possession.
Ce type n’avait pas l’air méchant mais pouvait se montrer violent, il l’avait endormi et kidnappé. Elle ne comprenait pas sa demande ; comment pouvait-il être amoureux d’elle alors qu’il ne la connaissait pas ? Elle était sûre de ne l’avoir jamais rencontré mais peut-être l’espionnait-il depuis un moment. Il pourrait avoir sombré dans la folie, ce qui expliquerait sa question et son geste. Enfin, il était enclin à parler et elle pouvait peut-être le manipuler.
Elle était en train d’échafauder des plans sur différents scénarios quand les pas retentirent de nouveau dans l’escalier. Elle s’assit posément sur le lit.
Dimitri entra avec un plateau, son repas du soir, il arborait toujours une mine déconfite.
Il posa le plateau par terre, sans dire un mot et s’apprêta à repartir quand Léa saisit sa chance
- Excusez moi ! S’il vous plaît !
Il leva les yeux sur elle, Léa montrait cette fois un léger sourire
- Tout d’abord, merci pour le repas ; je commençais à avoir faim, c’est très gentil !
Dimitri regarda ses pieds en se tordant de nouveau les mains
- Oh, je ne cuisine pas très bien, pas aussi bien que mémé Paulette mais j’ai fait un effort, je ne reçois pas souvent du monde.
Léa se mordait les lèvres pour ne pas hurler, il la recevait chez lui… Bon, il fallait rester concentrée sur le plan.
- Serait-il possible que vous m’ameniez à la salle de bain ? J’aurais vraiment besoin de faire un peu de toilette.
Dimitri la sonda de ses yeux noirs. Ces yeux et ce regard la mettait très mal à l’aise mais Léa gardait sa contenance et continuait à sourire.
- C’est d’accord ! Je reviens dans trente minutes, le temps de votre repas.
Il lui tourna le dos pour sortir mais Léa voulut poursuivre la conversation, elle avait l’impression de maîtriser un peu plus la situation
- Et heu, votre mémé, Paulette, elle vient vous rendre visite parfois ?
Dimitri ne se retourna pas et Léa le vit se raidir. Il répondit de sa voix grave et terne.
- Elle habitait ici, elle est morte l’année dernière, c’était ma seule famille.
Puis il claqua la porte.
Léa avait clairement fait un impair sur sa dernière remarque mais en avait appris un peu plus sur Dimitri. Il avait sûrement été élevé par sa grand-mère ; à moins que celle-ci n’ait été une psychopathe, Léa pouvait espérer que Dimitri ait quelques valeurs d’humanité.
En tout cas, son plan fonctionnait, elle pourrait sortir de cette pièce et mieux évaluer la situation, peut-être voir la porte de sortie. Elle avala rapidement son repas ; patates sautées aux herbes de Provence et omelette au piment d’Espelette, assez réussi pour un taré de son espèce.
Dimitri revint peu après et lui demanda de la suivre. Arrivé en haut de l’escalier, il se posta sur la droite devant une porte et lui désigna une autre porte au bout d’un couloir sur la gauche.
- C’est la porte au fond, je vous laisse dix minutes.
Léa se força de nouveau à lui sourire, le remercia et rentra dans la salle de bain qu’elle ferma immédiatement à clé. Aucune échappatoire ici non plus, la sortie devait se trouver derrière l’autre porte, celle que Dimitri bloquait de sa personne.
Léa fit couler de l’eau pour masquer le bruit et entreprit de fouiller précautionneusement les tiroirs. Tout était vieilli dans cette pièce, les faïences, les meubles et les objets, déprimant au possible.
Enfin, elle mit la main sur ce qu’elle cherchait, une grande paire de ciseaux pointus, elle ne trouverait pas meilleure arme dans cette pièce. Elle cacha les ciseaux dans son dos, tenus par son leggins, puis se lava rapidement. Elle allait sortir quand Dimitri frappa à la porte.
- C’est bon, j’ai fini, je sors, s’empressa-t-elle.
Elle ouvrit la porte et Dimitri, soulagé, se retourna pour regagner l’entrée de l’escalier. Léa n’avait que quelques secondes de marge, si elle marchait assez vite, sans courir, elle pourrait le rattraper et le frapper au cou mais Dimitri marchait vite aussi.
Elle avait une main dans le dos, prête à dégainer son arme mais hésita juste un instant. A quel endroit frapper ? Tenait-elle le ciseau correctement ? Trop tard, Dimitri se retournait déjà devant la deuxième porte ; elle eut le temps de lui faire un sourire assez crispé, de rabattre son T-shirt sur les ciseaux et redescendit l’escalier, la mort dans l’âme, tremblante à l’idée que Dimitri découvre quelque chose.
Il n’en fut rien et Léa retrouva sa geôle et se retourna face à Dimitri. Elle essaya de l’attendrir avec une voix fluette et une moue de petite fille inquiète.
- Vous allez me garder longtemps ici ?
De nouveau, les yeux noirs la transpercèrent et la glacèrent.
- Je dois réfléchir.
Et la porte se referma de nouveau dans un grincement sinistre.
Léa souffla, l’adrénaline retombait et elle chancelait tant qu’elle dut s’asseoir. Difficile de tuer quelqu’un. Après avoir repris ses esprits, elle comprit qu’elle devait se préparer mentalement comme physiquement à faire ce geste létal. Ainsi, elle ferma les yeux pour s’imaginer la scène, elle le taperait au milieu du cou, avec un geste de haut en bas, elle ne frapperait qu’une fois, il fallait l’estropier suffisamment pour s’enfuir mais en espérant ne pas le tuer. Dans l’escalier, ce serait trop compliqué, il était grand et avec au moins deux marches de différence, elle ne pourrait le toucher qu’au dos, cela ne suffirait sans doute pas ; elle devait attendre d’être sur le même sol que lui avec suffisamment d’espace pour asséner son coup, donc dans le couloir ou après avoir passé la porte.
Ce plan était correct, elle passa à la phase pratique. Elle s’entraîna à dégainer son arme rapidement et silencieusement, plaça le ciseau dans son dos à la meilleure position possible et mima le geste plusieurs fois. Il était grand, elle devait avoir de l’élan et taper haut.
Elle se sentait prête, elle n’aurait qu’à attendre une erreur de Dimitri. Elle cacha les ciseaux sous son oreiller, se coucha et mit du temps à s’endormir avant de sombrer dans une nuit agitée.
A son réveil, Léa prépara son stratagème, elle demanderait une nouvelle fois l’accès à la salle de bain, attendrait qu’il vienne frapper à la porte, elle ouvrirait, il se retournerait et là, elle l’attaquerait.
Pour l’instant, elle attendait les pas dans l’escalier, pas forcément confiante mais déterminée, elle ne passerait pas une autre nuit ici. Enfin, l’escalier commença à résonner.
Dimitri ouvrit la porte, il affichait une mine ombrageuse et renfrognée.
- Suivez moi !
Sa voix était glaciale. Qu’est ce que cela présageait ? Il la libérait ou se préparait à la tuer ?
Léa obéit et le suivit dans l’escalier, son cœur battait à tout rompre et ses tempes s’échauffaient. Dimitri ouvrit la porte de droite et s’engouffra dans la pièce. C’était maintenant ! Elle avait la main sur son arme, elle allait entrer dans la pièce et asséner son coup, comme à l’entraînement.
Dès que Léa pénétra dans la pièce, elle s’arrêta net, comme pétrifiée. Elle était au centre d’une pièce aux murs sombres et un immense tableau de deux mètres sur trois lui faisait face.
Elle n’avait jamais vu une peinture comme ça, c’était magnifique et effrayant à la fois.
Au premier plan, un jeune garçon se cachait derrière un arbre, il pleurait et se mordait la main, peut-être pour ne pas crier. Derrière, un bois, avec au milieu une bête écumante qui le cherchait, une sorte de loup en plus énorme et plus effrayant. La pluie et le crépuscule venaient assombrir l’ensemble. La taille de la toile, la qualité des traits et les jeux de lumière, tout était parfait ; il y avait du Goya là dedans. La peinture était sobrement intitulée « la peur ».
- Qu’est ce que vous faites avec ces ciseaux ? Vous voulez découper mes œuvres ?
La voix tonitruante de Dimitri la fit sursauter. Il lui faisait face maintenant et avait pris un air mauvais, empli de violence ; il s’approchait d’elle, menaçant ; Léa eut l’impression qu’il avait encore grandi.
- Non, non, pas du tout ! Léa réfléchissait à toute vitesse tout en reculant. J’avais juste pris ces ciseaux pour me défendre, au cas où vous m’agresseriez.
Ce mensonge parut agir et Dimitri expira et se calma ; sa voix s’apaisa.
- Bon, c’est correct ! Mémé Paulette me disait toujours qu’il fallait se défendre dans la vie. Ne touchez pas aux toiles, elles me sont chères.
- D’accord, je range les ciseaux, répondit Léa tout en s’exécutant.
Quel drôle de type tout de même, acceptant, par principe, de se faire suriner.
Dimitri poursuivit.
- Bon, je m’y suis mal pris on dirait. Je ne peux pas vous garder indéfiniment ici et je dois donc vous libérer. Juste une chose, promettez moi de ne pas en parler à la police.
Ça allait trop vite pour Léa, elle regardait Dimitri mais voulait tourner son regard vers le tableau, elle voulait s’enfuir d’ici mais continuer à admirer cette œuvre si incroyable. Il lui parlait d’un lourd secret à garder mais sa tête était ailleurs.
Elle répondit machinalement
- Ok, pas la police, je vous le promet.
Encore un mensonge mais cette fois, Léa voulait juste clore cette discussion. Il y avait plus important. Elle voyait, derrière Dimitri, une autre toile. Combien y en avait-il ici ?
- Bon allons-y ! Dimitri se dirigea vers une grande porte au fond de la pièce.
Léa le suivait et ralentit lorsqu’elle arriva à hauteur de la deuxième toile.
Aux mêmes dimensions, le tableau représentait un homme, quasiment nu, s’accrochant au mât d’un radeau en pleine tempête. Sur sa gauche, une sirène monstrueuse venait d’émerger des flots et brandissait un cimeterre, un sourire mauvais défigurant son visage. Cette peinture aussi, était terrifiante et sublime à la fois. Cette fois, Léa la rapprocha du style de Delacroix, sans doute à cause du radeau. Elle était intitulée « Péril »
- Il faut y aller là !
Dimitri la sortit de sa contemplation d’un ton irrité. Il avait ouvert la porte et attendait qu’elle sorte.
- Oui, oui, pardon !
Léa franchit le seuil et se retourna vers Dimitri.
- Excusez moi mais ces toiles sont incroyables, tellement puissantes, qui les a peintes ?
Dans l’encadrement de la porte, elle devina une troisième peinture, tout au fond de la pièce, qu’elle n’avait pas pu voir auparavant.
- Je peins mes cauchemars lui répondit-il de sa voix terne et il lui claqua la porte au nez.
De nouveau libérée, Léa regarda le ciel, inspira et expira longuement pour se remettre de ses émotions et se mit en route. Marcher lui ferait du bien, elle devait mettre ses idées au clair.
Déjà, elle était sortie vivante et entière de cette aventure, avec comme seule séquelle un évanouissement et une nuit de séquestration ; cette pensée l’emplit de joie et de satisfaction. Elle avait sans doute un don pour échapper aux hommes toxiques.
Puis elle pensa à Dimitri. Elle avait ressenti de la colère envers lui pour le fait de l’avoir kidnappé, du dégoût lorsqu’il lui avait proposé de l’aimer ; maintenant, elle éprouvait de l’animosité envers lui. Cet homme était certainement fou pour agir ainsi mais il avait respecté son intégrité et l’avait libéré, pourtant, elle le détestait avec ses horribles yeux noirs, ses grandes mains capables de la stopper en pleine course comme de réaliser des peintures prodigieuses, cent fois meilleures que ce qu’elle était capable de faire. Léa s’immobilisa et couvrit sa bouche de la main comme pour retenir le plus odieux des jurons, elle était jalouse de son talent.
De retour chez elle, Léa retrouva son appartement tel qu’elle l’avait laissé ; on était dimanche, personne ne savait ce qu’il s’était produit et le monde continuait à tourner.
Elle hésita longuement à aller voir la police, elle se fichait éperdument de sa promesse de se taire, une parole en l’air dite sous contrainte, mais fallait-il envoyer en prison une personne aussi douée ? Pour elle, pour ce qu’elle imaginait de l’art et de la peinture, c’aurait été criminel.
Picasso frappait sa femme et Dali s’était tourné vers le fascisme, ils étaient pourtant considérés comme des génies, on les avait laissé peindre en dépit de ces tares. Dimitri était hors normes dans le sens où il ne comprenait pas ou n’acceptait pas les règles de la société mais cela lui semblait bien moins pire et elle, elle avait tenté de le tuer. Elle s’en voulut fortement de son manque de discernement et de raison.
Son regard se porta sur la toile qu’elle était en train de peindre, elle y avait mis du cœur, du temps mais le résultat lui paraissait maintenant terriblement laid, par rapport à ce qu’elle venait de voir. Elle souhaitait représenter une jeune fille mélancolique marchant dans les bois mais aucune émotion ne se dégageait de son visage, les couleurs de la forêt étaient plates au lieu d’accentuer la tristesse de la jeune fille et l’harmonie générale n’y était pas. Léa se souvint qu’elle avait gardé les ciseaux de Dimitri, elle s’en empara et lacéra rageusement sa toile avant de s’effondrer en pleurs.
Les cours aux Beaux-Arts reprirent dès lundi et Léa y participa sans enthousiasme. Comment appréhender la beauté quand on a vu le sublime ? Même cette professeure si exigeante qui s’enorgueillissait de ses propres créations et leur demandait de prendre exemple, perdait de son prestige et chutait du piédestal sur lequel Léa l’avait placé.
Il fallait qu’elle réagisse, elle ne pouvait pas abandonner ses études et sa passion à cause de ce dingue de Dimitri. C’est lors d’un cours théorique sur le thème de la réciprocité qu’elle eut une idée.
Léa comme Dimitri avaient un manque et en étaient malheureux, peut-être pourraient-ils s’entraider ? Elle mit à profit le reste de la semaine pour peaufiner son stratagème et se garda d’expliquer à quiconque son week-end précédent.
Samedi, elle prit sa voiture et partit en direction de son ancienne geôle. La voiture de Dimitri était garée, il était là. Elle s’était apprêtée pour cette deuxième rencontre, s’était faite jolie sans en faire trop. Elle respira profondément pour se calmer, son plan pouvait se dérouler comme prévu ou il pourrait tout aussi bien la tuer, elle n’avait pas de certitudes. Elle frappa à la porte et prépara son plus beau sourire.
Dimitri ouvrit et parut sincèrement surpris.
- Ben, qu’est ce que vous faites ici ?
Léa sortit sa partition en essayant de ne pas surjouer cette scène répétée cent fois mentalement.
- Bonjour ! Voilà, je me suis rendu compte que j’avais gardé vos ciseaux la dernière fois que vous m’aviez « fait venir ». Je souhaitais vous les rendre, dit-elle en lui présentant l’instrument.
- Et vous êtes revenus pour cela ? Bon très bien !
Il prit les ciseaux et allait refermer la porte ; Léa, prise de court, se précipita.
- Attendez, je dois vous parler. J’ai quelque chose à vous proposer.
Dimitri la fixa attentivement, toujours avec ses yeux noirs de braise qui avaient le don de la foudroyer.
- Je ne veux rien et je n’ai rien demandé. Et il referma la lourde porte.
Le plan de Léa s’écroulait, elle oublia son subterfuge et tambourina à la porte en criant.
- Si ! Vous voulez quelque chose ! Vous voulez être amoureux et vous me l’avez demandé à moi !
Vous …, vous m’avez pourri la vie avec vos peintures ! Je peux vous aider ! On peut s’entraider !
Elle continuait à frapper la porte quand celle-ci s’ouvrit de nouveau.
- Comment ça, mes peintures vous ont pourri la vie ? Dimitri avait l’air offusqué.
Léa se décida pour la franchise et lui répondit, haletante.
- Écoutez, je suis étudiante et j’apprends à peindre. Quand j’ai vu vos peintures, j’ai vu l’écart de niveau qui nous séparait ; et depuis, tout ce que je fais ou peut faire me semble nul.
J’ai un accord à vous proposer, je vous aide à trouver une amoureuse, sans violence, et vous, vous m’apprenez à peindre comme vous le faites si bien.
Dimitri réfléchissait, Léa voyait qu’il n’était pas à l’aise, il se tordait les mains.
- Faites moi confiance, regardez, je n’ai pas contacté la police. On fait un essai et on voit comment ça se passe.
Dimitri se décida.
- C’est peut-être une bonne idée, ça ne coûte rien d’essayer, dit-il doucement. Et il lui ouvrit la porte.
En franchissant le seuil, Léa voulut mettre son futur mentor à l’aise avec son projet.
- Ce que je vous propose, c’est que je prenne dix minutes à regarder vos œuvres et qu’ensuite, on discute pour voir comment je peux vous guider dans votre quête.
Dimitri acquiesça et la débarrassa de son manteau.
Léa retrouva avec joie les deux peintures qui l’avaient tant marqué. L’effet qu’elles lui firent était intact, elle retrouva l’émotion qui l’avait étreinte et cette fois, pris le temps de se faire submerger par les sensations que lui procuraient ces tableaux.
Dimitri la suivait sans un mot.
Elle arriva à la dernière peinture, celle qu’elle n’avait qu’entre-aperçu la dernière fois.
Un homme, les mains liées dans le dos, se dirigeait vers un gibet au premier plan. Derrière, une foule hostile lui jetait des ordures et lui crachait dessus. L’homme regardait droit devant lui, une expression d’abattement sur le visage. Qu’il soit coupable ou innocent importait peu, la foule avait voté la mort et il avait arrêté de se battre. Le clair obscur dû au crépuscule accentuait le drame et indiquait le point de non retour. Les ombres qui en résultaient, celle du gibet, de l’homme et de la foule étaient immenses et inquiétantes ; les ténèbres rattrapaient la lumière.
Cette peinture aussi était incroyable, elle était intitulée « Humiliation »
Le regard de Léa passa du tableau à Dimitri qui continuait à la regarder patiemment. Ainsi, même des hommes capables de se montrer violents pouvaient craindre la honte, la peur et la mort au point d’en cauchemarder. Que lui était-il arrivé pour qu’il ait des hallucinations aussi traumatisantes ?
- Vos peintures sont incroyables, finit-elle par dire. Techniquement, c’est très fort mais l’émotion que procure chacune d’entre elles est si intense qu’on croirait à des scènes réelles que vous avez vécu.
- J’imagine que je les ai vécu d’une certaine façon et que cela s’est retranscrit dans mes rêves, lui répondit Dimitri, songeur. J’ai eu une enfance compliquée.
Léa perçut cette confession comme un point de départ possible pour entamer un travail avec lui. Elle lui proposa de s’installer sur une petite table collée au mur afin de discuter de lui, de ses envies et de son rapport aux femmes. Elle sortit un carnet et un stylo de son sac ; elle ne souhaitait pas s’improviser psychologue mais sentit qu’elle devait examiner la psyché de Dimitri pour mieux le comprendre et pouvoir l’aider.
Dimitri hésita un bon moment, eut du mal à trouver les mots pour se lancer et enfin, il se confia, par bribes au début, puis totalement.
Il avait perdu ses parents dans un accident de voiture alors qu’il avait cinq ans et sa grand-mère maternelle l’avait alors recueilli. Il datait ses premiers cauchemars, ceux qui l’avaient marqué, de cette époque. L’école avait été un calvaire pour lui, d’autres élèves en avaient fait leur bouc-émissaire et moquaient sa carrure d’échalas, incapable de savoir où mettre ses bras et jambes. Ils raillaient aussi ce qu’ils prenaient pour de la sensiblerie lorsque Dimitri se cachait pour pleurer. Les coups arrivèrent vite, pas forcément forts mais humiliants à chaque fois. La maîtresse ne le défendait que mollement, visiblement agacée de ce grand empoté incapable de se prendre en main.
Un jour pourtant, Dimitri se rebella et, armé d’un bâton, envoya trois de ses camarades à l’hôpital dont un dans un état grave.
Mutique devant les psychologues l’ayant consulté, incapable d’expliquer ce déferlement de violence qu’il avait fait subir, Dimitri quitta l’école pour de bon et fit l’école à la maison avec sa grand-mère.
Celle qu’il appelait tendrement mémé Paulette avait été peintre et avait connu un petit succès dans sa carrière d’artiste. Elle l’avait élevé, aimé et lui avait transmis tout ce qu’elle avait, ses connaissances, son goût pour la peinture, sa maison, ... ; il la vénérait.
Par contre, elle avait de nombreuses fois repoussé ses demandes d’explication sur l’amour et sur les femmes et était morte avant d’avoir pu lui donner des clés, alors qu’il n’avait pas vingt ans.
Dimitri s’accrochait alors aux petites phrases qu’elle lui avait professé pour l’aider à grandir et les avait érigé en principes de vie.
- Il faut se défendre dans la vie, si quelqu’un te fait du mal, tu peux lui faire du mal aussi et si tu fais du mal à quelqu’un, c’est normal qu’il se défende.
- Si tu n’arrives pas à exprimer tes sentiments, peins les, ce langage est universel.
- Ne fais pas confiance aux nouvelles technologies comme Internet, elles travestissent la vérité.
Léa sursauta.
- Quoi ! Tu n’as pas internet ? Mais enfin, c’est indispensable de nos jours.
- Je n’en ai jamais eu besoin et je fais confiance à mémé Paulette. Dimitri était sur la défensive.
Léa prit une grande inspiration. Comment pouvait-on être déconnecté à ce point.
- Alors, ta mémé avait sûrement de grandes qualités et raison sur de nombreux points mais là, il va falloir me faire confiance. Si tu veux t’ouvrir un peu au monde et rencontrer l’âme sœur, tu auras besoin d’internet. Tu n’as pas non plus de smartphone j’imagine ?
- Ben, j’ai un téléphone mais je l’utilise peu. Je ne connais pas grand monde. Dimitri désigna un antique téléphone à cadran prenant la poussière dans un recoin de la pièce.
- Ok, on part de loin. Pour la semaine prochaine, tu devras avoir un smartph… un téléphone mobile et un abonnement internet, c’est compris ? Léa avait pris le ton et la gestuelle d’une mère houspillant son fils.
- D’accord, je le ferais. Dimitri baissait les yeux et se tordait les mains. Il acceptait complètement son rôle d’enfant pris en faute.
- Et d’ailleurs, comment t’est venu l’idée d’enlever une femme pour en faire ton épouse ? Si personne ne t’as jamais expliqué comment rencontrer des femmes ?
Le visage de Dimitri s’ouvrit et un large sourire se dessina sur son visage. Sans un mot, il prit la porte menant à la pièce que Léa ne connaissait pas et revint quelques minutes après, un livre entre les mains. Il l’ouvrit à une page qu’il montra à Léa ; devant un palais romain, des hommes en tunique enlevaient des femmes.
- « L’enlèvement des Sabines » de Nicolas Poussin, j’aime beaucoup cette peinture. C’est très classique mais tellement intense. J’ai pensé à rajouter le chloroforme comme mémé le faisait avec les lapins pour les endormir avant de les tuer. C’est vrai que c’était moins flamboyant que ce que j’espérais.
Léa eut un petit rire nerveux.
- Bon, les relations ont évolué depuis l’Antiquité, internet sera moins dangereux pour tout le monde.
Au fait, il y a aussi des peintures dans l’autre pièce ?
- Oui bien sûr, ici, nous somme dans la salle des ténèbres, là ou j’entrepose mes cauchemars. L’autre pièce est celle de la lumière, j’y ai mis les tableaux de mes beaux rêves.
- Et, il serait possible de la visiter, cette pièce de la lumière ? Le cœur de Léa s’emballa et ses yeux pétillèrent de joie.
- Ah non, j’ai représenté des sentiments beaucoup trop intimes. Seule ma future femme aura le droit de les voir. Dimitri eut un mouvement de recul, il était inutile d’insister.
Léa ne put retenir une petite larme et accepta cette règle à contre-cœur.
Ils avaient déjà beaucoup parlé et Léa acheva ce premier entretien. Ils se mirent d’accord pour se voir chaque semaine chez Dimitri, deux heures seraient consacrées à la peinture et deux autres à la recherche de l’amour. Après des dernières recommandations sur les forfaits internet et sur les qualités de gouache et de toiles, il se saluèrent et se séparèrent, chacun le cœur léger d’avoir pu entamer cette coopération.
Ainsi commença une collaboration permettant à chacun d’évoluer vers son objectif. Léa comme Dimitri s’instruisaient le week-end et pouvaient expérimenter la semaine. Dimitri apprit à se sociabiliser, à rencontrer des gens et se força à discuter avec des inconnus. Il alla chez le coiffeur et changea sa garde-robe pour une nouvelle apparence plus avantageuse, découvrit les applis de rencontre et s’initia au flirt.
De son côté, Léa améliora ses fondus, ses perspectives et s’imprégna des conseils de Dimitri pour mieux exprimer sensations et sentiments sur sa toile. Elle découvrait des techniques le week-end qu’elle s’exerçait à reproduire la semaine sur un nouveau tableau qu’elle avait commencé.
A la fin des quatre heures de travail, ils se gardaient souvent un moment pour discuter et prendre un thé, cela devint un petit rituel que les deux appréciaient. Ils parlaient d’autres choses, de leur vie, de leurs aspirations. Léa comprit qu’il était hors de question pour Dimitri de devenir professionnel, ses œuvres lui appartenaient, le représentaient et il ne pourrait se résoudre à s’en séparer ; son métier de bûcheron, surtout alimentaire, lui suffisait amplement pour vivre et il préférait garder son art pour soi. Dimitri découvrit en Léa, une jeune fille combative et sensible, poursuivant la beauté pour s’affranchir des laideurs du monde. Elle lui avoua qu’elle avait failli lui planter un ciseau dans le cou lors de leur première rencontre ce qui le fit beaucoup rire ; il se dit qu’il avait bien fait fait de placer cette œuvre juste en face de la porte.
Après quelques mois, Léa reçut un SMS de Dimitri en milieu de semaine. Après avoir essuyé quelques échecs, il avait enfin rencontré une fille, Mathilde, avec qui le courant passait vraiment bien. Il s’était déjà vu quelques fois et elle ne s’était pas enfuie, ni l’avait bloqué. Cependant, il lui avait fait part de l’arrangement avec Léa et Mathilde avait commencé à douter de Dimitri. Celui-ci invitait donc Léa ce samedi pour clore leur association et pour que Mathilde puisse la rencontrer.
Léa fut très heureuse de cette nouvelle. Ses efforts pour sociabiliser Dimitri s’avéraient payants et elle avait suffisamment amélioré sa technique à son contact pour pouvoir continuer seule. Elle accepta avec enthousiasme son invitation et lui promit de venir.
Le samedi suivant, Léa arriva un peu en avance chez Dimitri
Celui-ci lui ouvrit la porte, fringant et élégant.
- Bonjour Léa, je suis content que tu sois venu et que tu sois d’accord pour que l’on arrête notre accord. Mais, qu’est-ce que tu caches dans ton dos ?
- Bonjour Dimitri ! C’est un cadeau pour toi, cela fait plusieurs mois que je suis dessus et, à l’aide de tes conseils, je suis enfin fière de moi, même si je n’ai pas encore ton talent.
Léa lui tendit alors le tableau sur lequel elle s’échinait depuis des mois.
Dimitri le posa sur la table pour prendre du recul et l’admirer.
En premier plan, une petite fille entrouvrait la porte d’une maison. A l’intérieur, un homme de dos, dans une pièce sombre et lugubre, était affairé à une table avec différentes potions autour de lui. Il parvenait à créer un halo multicolore au dessus de lui. Le jeu des couleurs et des contrastes était particulièrement réussi.
- Je l’ai nommé « La curiosité ». C’est grâce à elle que notre association a eu lieu.
- Je te remercie vraiment, j’ai rarement des cadeaux et celui-ci est magnifique. Suis moi, je sais où je vais le mettre.
Dimitri ouvrit la porte menant à la salle de la lumière et s’engouffra dans une pièce lumineuse ornée de plusieurs tableaux de toute taille.
Léa entra à son tour comme un profane entre dans un temple sacré, retenant sa respiration et étouffant autant que possible le bruit de ses pas. Comme elle s’y attendait, chacune des œuvres était incroyable de vérité et d’émotions.
Son regard se posa sur la plus grande des œuvres, dans une forêt menaçante au teints verts et noirs, un homme et une femme marchaient, main dans la main, sur un sentier. Le couple se préparait à faire face au danger et il ressortait du tableau une impression de courage envers l’adversité.
Sans quitter ce nouveau chef d’œuvre des yeux, Léa demanda.
- Tu ne m’avais pas dit que seule ta femme aurait le droit de voir ces tableaux ?
- Si, mais j’ai changé d’avis. J’ai aussi envie de partager mes émotions les plus intimes avec des amis et je pense que tu es devenue ma première amie.
Léa se retourna vers Dimitri, il souriait et ses yeux noirs la transperçait de nouveau mais cette fois, elle ressentit une douce chaleur lui parcourir l’échine.
- Je te remercie pour ton amitié et elle est bien sûr partagée.
Léa n’eut pas le temps d’en dire plus, quelqu’un frappait à la porte.
Janvier 2026