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Quelques jours après avoir refermé mon carnet, un message apparut sur mon terminal professionnel.
Participation demandée à la réunion préparatoire du projet Horizon.
Je relus l'intitulé plusieurs fois.
Je n'avais encore jamais été invitée à ce type de réunion. Les techniciennes de mon service étaient parfois consultées lorsque leur expérience de terrain pouvait être utile, mais il était rare que nous soyons présentes dès les premières discussions.
Le lendemain matin, je rejoignis une salle que je ne connaissais pas.
Elle était plus petite que je l'avais imaginée.
Une dizaine de personnes étaient déjà installées autour de la table.
Une climatologue.
Deux ingénieurs.
Une urbaniste.
Une représentante des services de santé.
Un responsable des infrastructures.
Une économiste.
Un agronome.
Je pris place discrètement au fond de la salle.
La réunion débuta.
Sur l'écran apparut une carte de la région. Une zone entière clignotait en rouge.
— Les températures moyennes continuent d'augmenter, expliqua la climatologue. Les infrastructures actuelles atteindront leurs limites dans une dizaine d'années.
L'ingénieur prit la parole.
— Nous avons développé un nouveau système de régulation thermique. Les premiers essais sont très encourageants.
L'économiste enchaîna.
— Son coût reste inférieur à celui d'une reconstruction complète des installations existantes.
L'urbaniste acquiesça.
— Et il peut être intégré sans déplacer les populations.
Les échanges étaient calmes.
Respectueux.
Chacun attendait que l'autre ait terminé.
Personne ne cherchait à imposer son point de vue.
Je repensai malgré moi aux paroles d'Élise.
« Ils avaient tous raison. »
Je retrouvais exactement cette impression.
Chaque intervention apportait une pièce du puzzle.
Aucune ne me semblait absurde.
Pourtant, un malaise grandissait en moi.
Je ne savais pas encore lui donner un nom.
La réunion se poursuivit.
On parla de délais, de budgets, d'empreinte énergétique, de sécurité et de maintenance.
Puis vint le moment des questions.
Un silence s'installa.
Je regardai les visages autour de la table.
Tous attendaient.
Je sentis mon cœur accélérer.
Je levai timidement la main.
Le responsable du projet m'adressa un signe.
— Oui ?
Je pris une inspiration.
— J'ai peut-être une question étrange...
Quelques sourires apparurent.
Ils n'étaient pas moqueurs.
Seulement surpris.
— Imaginons que ce projet fonctionne parfaitement...
La salle demeura silencieuse.
— Dans cent ans... à quoi ressemblera le monde qu'il aura contribué à construire ?
Personne ne répondit immédiatement.
La climatologue baissa les yeux vers ses notes.
L'ingénieur croisa les bras.
L'économiste semblait réfléchir.
Le responsable du projet finit par rompre le silence.
— Ce n'est pas vraiment l'objet de cette réunion.
Sa réponse était polie.
Presque bienveillante.
Je hochai doucement la tête.
Il avait raison.
Cette réunion devait résoudre un problème précis.
Pas imaginer un siècle.
Pourtant, en quittant la salle, je ne parvenais pas à oublier le silence qui avait suivi ma question.
Ce n'était pas un silence d'opposition.
C'était le silence d'une question que personne n'avait appris à poser.
Comme si personne ne s'était jamais attendu à regarder aussi loin.
En rentrant chez moi, je repensai à la chaise qu'Élise avait placée entre nous.
Pour la première fois, je compris qu'elle n'était pas seulement vide.
Il fallait aussi apprendre à lui faire une place.