C’est fou, l’habitude de se lever encore tôt,
même à la retraite… l’habitude.
12h30, heure de Paris.
11h30 à Alger.
Je me rappelle Notre-Dame, la Seine.
Un bistrot, des croissants chauds, un latte.
Et ces accents que j’entends,
certains plus chantants que d’autres.
Je revisite la France, ses régions, ces « Frances » qui m’habitent encore.
Des paysages, de la gastronomie, du patrimoine.
À 24 ans, un mois en France,
à rouler ma bosse, logeant dans les auberges de jeunesse.
C’était l’époque du franc.
Un mois à ne la parcourir qu’en partie,
j’aurais pris un an au moins.
Mais le fric aurait manqué.
Je me suis repris dans la cinquantaine.
Quatre autres voyages en France, mais avec l’euro.
Mais aussi en Espagne, en Italie, en Suisse, en Tunisie, en Algérie,
et celles de mon amoureux qui s’ajoutent aux miennes : la Belgique, les Pays-Bas.
Mais fini pour moi les auberges de jeunesse,
il m’aurait fallu une auberge pour y déposer ma vieillesse.
Là, pas de souci, j’avais plus de fric.
Mais ce n’était pas encore la retraite.
J’ai aimé la France,
j’ai aimé les gens,
j'ai rigolé, j’ai picolé, j’ai mangé, j’ai marché,
j’ai pris les transports en commun :
le tram, l’autobus, le train, le TGV, le métro…
Je me suis laissé porter avec mon chum par la découverte,
du Nord au Sud, de l’Ouest à l’Est.
Je m’étais promis de prendre le temps à la retraite...
Dommage, la COVID m’en a empêché,
puis la maladie s’est mise de la partie.
Mais dans ma tête, je voyage,
je fais des rencontres,
j’entends les expressions, les accents,
et je souris lorsqu’on me dit : « Vous avez tout un accent… »
« Vous trouvez ? », que je demande.
« Moi, je trouve que c’est vous qui en avez un, pas juste un,
j’ai bourlingué… vos accents. »
Et on me répond : « Ça s’entend. »
Puis on se met à rigoler…
Je ne raconterai pas tout ici.
Je me rappelle les odeurs, les goûts, les textures,
le souffle dans ma poitrine,
le vent dans mon cou…
les frissons qui me parcouraient,
chaque mouvement, chaque regard,
les voix, les visages.
Des fragments de France se sont déposés en moi.
Ils me hantent, m’habillent, m’émeuvent.
Et quand ici, j’entends un accent qui chante,
j’essaie d’en deviner l’origine, la région, l’histoire.
Je tente une approche, sans être trop intrusif,
si l’occasion se présente.
« Madame, Monsieur… vous avez un joli accent… »
« Oh que oui, ça s’entend… »
Puis on rigole.
Oh Douce France.
Peut-être un autre jour…
Mon cœur vagabonde…
Celui de mon conjoint aussi.