Écrire tant que les mots ont du sens

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Nous vieillirons ensemble

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I .

 

 

De la fenêtre de mon repaire de travail, quand je levais la tête pour respirer la lumière marine, je le voyais. Il allait, venait, s’activait, s’octroyait des pauses-sommeil de durées variables, réapparaissait, donnait des instructions, s’assurait d’avoir bien été compris, repartait s’enfermer, contrôlait de nouveau …

 

Je le connaissais intimement et mettais des mots à toutes ces allées-venues. La vie arrive tard souvent et la démarche méthodologique profonde était soumise aux aléas des idées spontanées ou des images mentales enregistrées, celles d’un temps révolu. 

 

Le temps court agit. Sur tous. 

 

Moi, je baragouine les couleurs et de mes mains, en mal d’exercice continu ou du moins fort régulier, je sculpte les formes aussi. Je passe de la matière malaxée à l’infini plaisir de mouler les corps, ou les divers vases, réceptacles de mon flux impératif et salvateur.

 

Étions-nous fous chacun à sa manière ? 

 

Il y a assurément le dur désir de vivre et de continuer et je ne concevais pas l’existence, dans le sens philosophique du terme, sans l’impérieux geste de faire couler des signifiances multiples. 

 

Lui s’inscrit dans le faire physique, le faire productif des semences et des capitaux, après une vie de léthargie et de vécu dans les abysses de l’oubli et de la folie.

 

J’échappai aux prismes de l’extérieur et repris mon travail. J’étais à l’heure de la résine, après des mois de plâtre, des années de bois et des débuts de pierres de toutes sortes. J’avais besoin de tailler, de modeler, de mouler, de mériter, à ma dimension, du genre humain. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II. 

 

 

 

- Pourquoi as-tu laissé faire, Mama ? lui demandai-je.

 

- J’avais peur de son pouvoir de nuisance.

 

-  Mais tu n’as rien réglé, tu n’as fait qu’empirer les choses !

 

- J’étais prise de déroute, de confusion, la peur me tenaillait. Je vivais  un chaos à tous niveaux. Et la cécité s’installa. 

 

- Nous vivons encore dans l’inachevé de tes atermoiements.

 

- C’était bien au-dessus de moi. La nuisance des êtres retors existe bel et bien.

 

- Il existe aussi l’implacabilité du non et l’esprit réparateur.

 

- Hélas, mon fils !

 

 

 

Et elle choisit de partir de l’autre côté du monde palpable par manque de courage et de faire virulent nécessaire. Elle savait qu’il fallait lever le poing, mais elle n’en avait pas les codes. 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III.

 

 

 

Quelquefois les mots résistent. Les mots se cachent. Mais on ne les perd pas de vue. 

Et puis, on les sollicite et ils font les capricieux. Alors, on les tient par le cou, on les maîtrise et ils abdiquent. 

Pâles, ils nous déplaisent et nous refroidissent.

On leur tourne le dos pour aller s’emplir de signifiances étrangères.

Miracle. La jalousie heureuse opère.

Et ils exigent de nous de s’abreuver à notre source.

Pour rebondir, redevenir féconds et signifier ce qu’il de pire et de plus beau chez les Hommes.

 

Que c'est beau !

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV.

 

 

 

Elle regarda ce jeune homme de sa vie et lui dit le plus posément du monde :

 

« Vis chaque instant, mets en avant ton rationalisme et ne laisse pas l’émotion te subtiliser ce temps du bonheur si cher et si fugace. 

 

Agis dessus de manière à étirer sa durée. 

 

De par ton esprit libre et éveillé, de part ta limpidité, ta maîtrise de son cours, tu feras décupler cette perception heureuse des choses et ce sera exceptionnel. »

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 12/06/2026 / 2 lectures
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