Duel à l'interphone

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Ce texte participe à l'activité : L’interphone

L'interphone.

C'est encore elle. Elle ne cesse pas sa ronde, prête à tout. Elle voudrait rentrer comme elle l'a déjà fait chez bon nombre d'entre nous. Je le sais.

Dans l'appartement c'est le silence. Pas aussi vide que le sien qui rend les choses plus faciles. Avec elle on ne sait pas, on ne sait rien, même si on sait. On cache, on fait semblant. C'est comme ça et pas autrement. Elle rode autour de l'immeuble. Elle me veut. Pour elle je ne peux pas lui échapper, c'est impossible, je dois finir entre ses mains, je dois verser dans sa secte. Quand je sors de mon immeuble c'est par une autre porte pour la semer, me jouer d'elle. Rien que d'y penser je souris.

Au milieu du salon je fais comme si je n'étais pas là. La situation n'est pas très confortable, je retiens mon souffle. Je décide de sortir. Je ferme la porte à clef, descends les marches quatre à quatre et me montre devant la porte d'entrée. Elle me voit et je l'entends hurler : "Ouvre-moi !"

Non, je ne t'ouvrirai pas. Tu as fait assez de mal comme ça. Tu t'es glissée dans le lit de beaucoup de gens, tu les as fait se retourner les uns contre les autres. Tu portes la souffrance avec toi, la destruction d'une âme par une autre est ton meilleur dessein. Je refuse que tu m'approches. A cause de tes manipulations tu m'as blessée à vie. Parce que je dérangeais tu as cherché à dissimuler mon existence, à me donner la mort. Alors que je n'avais rien demandé, rien fait. Je ne suis coupable de rien. Va-t-en, tu ferais mieux d'arrêter ton règne ! 

Derrière la vitre elle se débat. Il n'y a que ce fin morceau de verre qui nous sépare, pourtant indestructible. Je ne la laisserai pas me prendre. Je suis bien trop intelligente pour ça. Elle va céder à force de se débattre. C'est à elle d'abdiquer, d'assumer ses responsabilités. A elle seule. Je ne veux rien savoir d'autre. Comme à beaucoup elle me fait peur mais je tiens bon. La semeuse de douleur ne mangera pas, à nouveau, mes émotions. Cette fois ça suffit, c'est fini.

Qu'elle essaie autant qu'elle veut, l'ignorance, mon coeur n'est plus à prendre.

 

Je sonne. 

Elle ne répond pas, comme d'habitude. Elle a peur de moi. J'attends qu'elle réagisse. Je continuerai tous les jours jusqu'à ce qu'elle cède. Comme tous les autres que j'ai su convaincre de mes charmes, et qui m'ont accueillie les bras ouverts. Elle aussi elle le fera. Cette fois elle ne m'échappera pas. Elle peut toujours faire sa maligne. 

Qu'est-ce qu'elle fabrique ? J'hésite à rappuyer sur l'interphone. Il faut qu'elle vienne ! Elle ne doit plus être un caillou dans ma chaussure, cette fille qui se croit si intelligente. Elle suivra avec le reste. Personne ne saura ce qu'elle est, elle est de trop. Cet esprit doit être évincé. Elle ne réfléchira plus, elle obéira. Ce n'est pas difficile pourtant ! A quoi elle joue à vouloir résister ! D'ailleurs je ne sais pas comment elle arrive à sortir de chez elle sans que je ne la vois...

 J'entends descendre. Te voilà ! Ouvre ! Ouvre qu'on en finisse ! Pourquoi me fixes-tu longuement, sans agir ? Ça ne va pas se faire tout seul ! Enlève donc cette pauvre cloison de verre que j'entre. Je n'attends que ça. Je n'attends que toi. Je frappe, je frappe. Elle ne bouge pas. C'est la peur qui t'immobilise c'est ça ? La pauvre ! Elle est bien délicate ! Ouvre !

Son cerveau doit être mien. Il doit être vide de tout, sans possibilité de recul. Il ne pensera à rien, personne ne pensera à elle. Quand il verra quelque chose il devra se convaincre qu'il n'a rien vu, et se taire. Comme ses petits copains. Point. C'est la vie ! Allez, viens par là ma belle, viens...

Pourquoi elle part ?! Oh ! 

 

Lucie R. 

(Le texte n'est pas libre de droit.)

 


Publié le 25/03/2026 / 4 lectures
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