C’est toujours le même endroit. La mer, la Bleue. La magnifique C.
Et puis, lui. Qui la longe. Attend qu’elle s’adresse à lui. Finit par se diriger vers son bureau.
Les mots, toujours les mots.
Quelquefois, dans une démarche participative. Le plus souvent, dans l’esprit de contradiction et la colère déferlante.
- Que vs arrive-t-il ?
- Je suis hors de mon self-contrôle.
- Pourquoi ? Reprenez-vous, voyons !
- Un enfant en colère hurle en moi et cogne à tout-va.
- Faites-le taire.
- Pour l’heure, je n’arrive pas. Il me domine.
- Il faudra le mettre devant vous et démêler l’emmêlé.
- Facile à dire.
- Je suis là pour ça. Les enfants sont cruels et voient tout de travers.
- Ils voient juste aussi.
- Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont le droit d’édifier des guillotines. Et il y a la distance qui dote de sagesse ou du moins de pondération.
- Je ne sais pas pourquoi cet enfant est si récalcitrant.
- Il est très sensible et veut le dissimuler. Il y a du travail et le sens des priorités. Il y a le recul nécessaire, le doigté et une surveillance permanente. Parlez-vous.
- Vous avez raison. Je vais devoir très régulièrement le faire venir et le raisonner.
Un silence. Long. Réflexif.
- Il faut que chacun reconnaisse ses torts. L’amour est douloureux. D’autres disent qu’il n’existe pas. Je ne sais plus.
- Faisons semblant. Et surtout apprenons à nous dompter. Mentir est nécessaire pour alléger les choses. Vivre n’est heureux qu’à ce prix. Mentir dans le sens de baisser ses niveaux d’exigence, sa foi en l’authenticité pure et dure. Nous ne sommes pas des dieux. C’est bête de vouloir se hisser au niveau des idoles. Et eux-mêmes sont pure invention. Pour maîtriser et diriger. Tant c’est nécessaire de canaliser et de mener.
- J’avais une telle colère, une telle haine que cela aurait fait fuir ma propre mère. C’est une question de salut.
- Rien n’est indépassable. Et le bonheur est nécessairement une fabrication. Commençons par le calme et la maîtrise de soi.
Il la regarda. Longuement. Avec au fond des yeux de la gratitude. C’était rare chez cet être de déroute, extrêmement particulier.
- Faisons venir ce môme. Montons dans le temps. Et montrons-lui les tenants et les aboutissants, de ceux-ci et de ceux-la. Il a besoin de sécurité, mais surtout de gestes lents et chargés d’amour. Tout est à faire ou à refaire.
- Je ne sais pas si le beau fixe viendra un jour à s’installer.
Et il pensa à cette femme de sa vie qui partit en moins d’une semaine. Sa mère. Si belle et si élégante. Si pleine de vie. Elle devint, dans le silence, un fardeau pour lui, pour eux, à la fin de sa vie. Ils étaient tous devant le glacier à rire et à plaisanter et elle était dans la voiture à regarder le monde avec la fatale distanciation de la vieillesse, de l’oubli, du silence, de la comédie de la pré-mort des siens … Pourquoi ?
- Et dire que j’en vins à oublier à quel point, elle était tout. On s’aime soi-même, au final. C’est tout. C’est la vérité à taire. Vivre, c’est juste s’aimer, égotistement, et faire semblant. Très peu.
Que c'est bête tout cela, se répétait-il, en re-longeant la mer.
Elle ne lui adressa pas la parole. Glaciale d'apparence.