Une fois connecté à votre compte, vous pouvez laisser un marque-page numérique () et reprendre la lecture où vous vous étiez arrêté lors d'une prochaine connexion en vous rendant dans la partie "Gérer mes lectures", puis "Reprendre ma lecture".

La Promesse du Destin
Partie 10

PARTAGER

Trois ans plus tard.

J'ai trop bu hier soir. J'ai l'impression que ma tête va exploser. Les rayons du soleil qui percent à travers mes rideaux me transpercent les yeux comme des aiguilles. Je me redresse avec difficulté, mais l'odeur du café qui flotte dans l'air me donne la force de me lever.

- Ah, tu as enfin réussi à émerger. J'étais à deux doigts de te coller la tasse sous le nez.

- Tu parles trop fort... Sérieux, tu viens trop souvent ici. Maintenant, tu te mets carrément à me faire du café.

- Ce n'est pas ma faute si je suis un bon coup.

- Chutt, donne-moi ça.

Je prends la tasse en grognant presque.

- Tu dois aller au bureau aujourd'hui ?

- Ouais. J'ai un stagiaire qui commence. J'aimerais le former moi-même.

- Tu sais que tu peux demander ça à ton assistante... qui est juste devant toi.

- Non, je ne veux pas que tu fasses ça. Je t'en demande déjà suffisamment en ce moment.

- Quoi, coucher ? C'est juste le petit bonus.

- Tu sais bien que je ne parle pas de ça.

- Je sais, mais je t'aime bien quand t'es sérieux. Ça m'amuse de te voir réfléchir. On se rejoint au bureau.

- Oui, oui, sort de chez moi.

- Ah, et je t'ai mis un cachet pour la tête sur l'évier.

- Comment je suis censé te mépriser en faisant ça ? Merci...

- Ce genre que tu te donnes ne te va pas, je l'ai déjà dit. Redeviens le doux Chacha, c'est mieux. Enfin, sauf durant le sexe, je préfère le méchant.

- Casse-toi !

- Encore une chose, t'auras peut-être à réveiller l'autre fille qui dort dans ton lit.

- Qu'est-ce que tu as dit ?!

- Bisous !

J'ai fini par retourner dans ma ville natale. Celle que j'ai toujours détestée, celle que je voulais fuir à tout prix, mais... qui, finalement, m'a offert une seconde chance. J'ai ouvert une petite agence, juste assez grande pour gérer les finances des petites entreprises du coin. Ça n'a rien à voir avec les gros dossiers que j'avais l'habitude de traiter. Ici, le stress est moindre, j'ai enfin le statut de Directeur Financier et j'aide des gens qui en ont vraiment besoin. Ça me fait du bien, plus que je ne l'aurais cru...

Léa, la petite taquine qui vient de s'éclipser en riant, c'est une "amie d'enfance". Quand ma mère et moi avons perdu notre maison, sa famille et elle nous ont aidés à survivre dans la rue. Elle a toujours été débrouillarde et souriante, même dans les pires moments. Moi, je n'ai jamais été très bavard, et c'est toujours un peu le cas. Elle parlait, et moi, je l'écoutais. Quand je suis revenu, elle m'a beaucoup aidé à lancer l'agence. De fil en aiguille, on a commencé à coucher ensemble de temps en temps.

Ça fait presque un an que j'ai ouvert, et j'ai encore du mal à réaliser. J'ai trois employés que j'ai formés moi-même, des personnes qui n'étaient pas du tout du milieu de la finance, sans diplômes. Ils ont tous connu des vies difficiles, et ils me remercient chaque jour de leur avoir donné une chance... alors que, vraiment, ce sont eux ma chance.

- Bonjour, patron !

- Bonjour Lewis... parle un peu moins fort, s'il te plaît.

- Elle vous a encore traîné en boîte ? Léa, laisse donc le patron tranquille, tu sais bien qu'il tient moins bien l'alcool que toi.

- Je ne te permets pas de dire ça de ton chef.

- Vous avez une tête de quelqu'un qui s'apprête à vomir.

- Ça suffit, arrêtez. Laissez Lucie faire. Patron, allongez-vous sur le canapé.

- Quoi ?

- Allez, écoutez-moi. Lewis, apporte des glaçons.

- Oui m'dame.

- D'accord, je m'allonge...

Lucie, la doyenne de notre équipe, est toujours calme et s'occupe de moi comme si j'étais son fils. Enfin... j'imagine que je la vois un peu comme une mère de substitution. Parfois, je me surprends à souhaiter que ce soit vraiment le cas. Elle me demande de fermer les yeux, et aussitôt, je sens le froid apaisant des glaçons sur mes paupières. Le soulagement est instantané. Juste au moment où je commence à me détendre, elle me glisse une banane dans la bouche.

- Mangez ça, et je vous ai fait un thé au gingembre. Ça vous fera du bien avant votre rendez-vous.

- Merci Lucie...

- Vous avez vraiment une belle équipe...

Cette voix... je la reconnaîtrais au milieu d'une foule. Je me redresse d'un coup, mon cœur rate un battement. Félicity Jones Valygaut. Ici, dans mon entreprise. Ma tête tourne, ma respiration devient difficile, ma vision se brouille. Est-ce que je fais une crise de panique ? Après tout ce temps...

- Qu'est-ce que vous foutez là ?!

- Léa ! Tu parles à une grosse pointure, là !

- Je sais très bien qui elle est, Lewis. C'est aussi la fille qui a détruit notre patron. Vous n'avez absolument rien à faire ici.

- Je m'en doute... mais je dois absolument te parler, Sacha...

- Je...

- Il n'en a pas envie.

- Léa...

- Sortez d'ici.

- Bien... je te laisse mon numéro. Appelle-moi, je t'en prie...

***

Une semaine. Ça fait une semaine que Félicity est passée à mon bureau, et que je suis enfermé chez moi depuis à faire diverse crise de panique. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Après trois ans, pourquoi est-elle là ? J'ai arrêté de suivre les actualités, de peur de la voir. J'ai essayé de ne plus rien savoir de sa vie. Je la... haïssais ? Non, c'est faux. J'étais amoureux... étais-je ? Qu'est-ce que je ressens pour elle... ? Pas de l'amour... ? J'espère que non...

- Sacha ! J'entre.

- Non !

- Si !

- Léa, laisse-moi !

- Ça va faire une semaine, tout le monde s'inquiète. Putain, ça pue ici !

- Je t'ai dit de ne pas entrer ! Puis, comment as-tu pu avoir une clé ?!

- Je l'ai fait faire pour ce genre de situation. Tu as mangé, ou tu as bu toute la semaine ?

Elle rapproche son visage du mien.

- Mmm... t'es défoncé, tu as encore pris tes médocs avec de l'alcool.

- Qu'est-ce qui te fait croire ça ? Puis tu n'es pas ma copine. On s'était mis d'accord pour coucher ensemble sans attache, je te signale.

- Ouais, mais je suis avant tout ton amie, avant d'être un de tes nombreux plans culs. Puis, je reconnais des pupilles dilatées, tu oublies que moi aussi mes parents sont des junkies ?

- Comment l'oublier...

- Elle... elle a dû repartir, tu sais... tu peux revenir au bureau.

- Et si je... et si j'ai envie de la voir... ?

- C'est une mauvaise idée, Sacha. C'est une salope.

- Ne dis pas ça, tu ne la connais pas...

- Mais toi, je te connais. Je sais tout ce qui s'est passé ces deux dernières années...

- Je ne veux pas en parler...

- Si, parlons-en. Tu as souffert de dépression, de problèmes d'alcool et d'un gros trouble alimentaire. Et ça, ce n'est pas juste du passé, c'est encore le cas vu que maintenant... tu souffres de béribéri...

- Comment es-tu...

- Je fais attention à toi, Sacha... tu es mon sauveur, comme celui de Lewis et Lucie... nous ne voulons pas te perdre...

- C'est vous qui êtes mes sauveurs... Je n'avais pas fait de crise de panique depuis un moment...

- Normal. Tout le monde croit que c'est moi qui te traîne en boîte, alors que c'est toi qui te détruis tout seul. Tu bois en prenant des antidépresseurs, et je dois constamment vérifier si tu vas voir tes médecins.

- Je ne t'ai rien demandé.

- Ferme-la ! Tu as failli crever il y a deux ans, tu t'en souviens ?! Quand tu es revenu ici, tu étais une épave et tu avais recommencé à vivre dans la rue !

- Arrête...

- Tout ça à cause de cette connasse blindée !

- Je suis amoureux d'elle ! Je... suis...

- Écoute... je ne veux pas te faire mal, mais elle est mariée maintenant. Elle a deux enfants, avec cet homme d'affaires, Tom Martin. Tu dois vraiment te protéger cette fois.

- Elle est mariée... à lui.

Ses mots se fraient un chemin en moi, chaque syllabe une lame, tranchant lentement à travers ce qu'il reste de mes illusions. Un coup de poignard, méthodique et précis. Je ne sais plus si je suis en colère ou si je ressens une amère résignation. Mes pensées se brouillent, tournant en boucle. Félicity, mariée à cet homme que je lui ai moi-même présenté, que je lui ai servi comme on sert une sentence. Comment peut-elle... Après tout ce qu'on a traversé ? Je baisse la tête, je me sens soudain écraser par l'ironie cruelle de mon destin.

- Mariée...

Ce mot me brûle la gorge.

- Eh oui. Tu as arrêté de suivre les nouvelles, mais moi, j'ai une alerte sur elle. Elle a un garçon de 2 ans et une petite fille de 1 an. C'est qu'elle a bien charbonné ta petite vierge, en trois ans. Le PDG Alexander Jones Valygaut est décédé, il y a de ça une semaine. Il lui a légué toutes ses entreprises et tout son capital. Elle est multimilliardaire. Elle a continué sa vie et tu devrais faire de même.

- Monsieur Valygaut... est mort... ? Je dois la voir.

- Quoi ?! Non, c'est hors de question !

- Sors de chez moi, je vais prendre une douche.

- Sacha !

- Je veux savoir !

Je dois savoir ! Je veux comprendre ce que je ressens, ce qui s'est passé ces trois dernières années. Ce jour-là... Ce jour où ma vie s'est effondrée. Le jour où j'ai perdu mon oxygène...

J'ai donné rendez-vous à Félicity sous un vieux pont décrépît, où les murs, rongés par l'humidité, semblent suinter d'un désespoir ancien. Le béton fissuré craque sous mes pieds, comme les promesses brisées qui résonnent dans ma tête. Et le clapotis régulier de l'eau sale, glissant dans les égouts en contrebas, amplifie le silence oppressant. J'y ai vécu longtemps avec ma mère. Le lieu est sale, lugubre... parfait pour des âmes perdues. Pourquoi ici, de tous les endroits ? Il n'y a que l'écho du monde qui s'effondre, un endroit qui ne m'a jamais trahi, ni par espoir ni par illusion.

Je prends une grande inspiration, avale mes antidépresseurs d'une traite avec une gorgée de bière tiède. Le goût amer me rappelle toutes les fois où j'ai tenté d'étouffer mes démons.

- Tu ne buvais pas d'alcool avant...

- Féli... Félicity. Il y a beaucoup de choses qui ont changé.

- Tu peux m'appeler Féli...

- Le dernier souvenir que j'ai c'est que je devais t'appeler Félicity Jones.

- ... je suis désolée pour ce qui...

- C'est trop tard. C'est trop tard pour les excuses. Je t'interdis d'en faire...

Je sens la colère monter, mais je refuse de croiser son regard. Parce que si je le fais... si je regarde dans ses yeux, ses yeux que j'aimais tant... je pourrais céder. Elle a changé. Ses cheveux sont lissés, ses vêtements sont impeccables... elle ne ressemble plus à celle que j'ai connue. Mais je sais que je ne suis plus celui qu'elle a connu non plus.

- Je... je sais que j'ai commis des erreurs... mais tu ne sais pas tout...

- Et qu'est-ce que je suis censé comprendre, hein ? Que tu es mariée, avec des enfants... que tu as continué ta vie comme si de rien n'était... Pendant que moi, je me noyais... Qu'est-ce que tu viens faire ici... ? Comment tu m'as retrouvé... ?

- J'ai engagé quelqu'un, mais... Sacha, je n'ai jamais voulu... je n'ai jamais cessé de... Mon père est...

- Décédé... oui, je l'ai appris. Je te souhaiterais bien toutes mes condoléances, mais je m'en tape.

- Je suis là parce que... je suis enfin libre...

- Libre ?

- Tu as vraiment cru que j'ai renoncé à toi pour avoir une entreprise... ? Tu l'as même dit ce jour-là... ce n'est pas ce que je voulais.

- Alors que voulais-tu !?

- Je voulais être avec toi !

Et là, nos regards se croisent enfin. Son visage... ses taches de rousseur, ses yeux magnifiques, même remplis de larmes. Pendant un instant, je revois la fille dont j'étais amoureux, celle qui était tout pour moi. Silence. Tout semble s'arrêter. Le monde autour de nous s'efface. Puis, lentement, je sens une larme rouler sur ma joue. Mais je ne sais pas si c'est de la rage, de la tristesse ou de l'espoir qui revient doucement.

- Ça n'explique pas pourquoi tu es là...

- Je tenais à t'expliquer pourquoi j'ai fait tout ça... pourquoi j'ai dû renoncer à toi, à nous...

Je détourne le regard, ma colère bouillonnante à l'intérieur. Est-ce que je suis prêt à écouter ce qu'elle a à dire ? Est-ce que la raison ne va pas me rendre encore plus dingue ? Je devrais la laisser partir. Elle a une vie, et moi, je recommence à vivre la mienne... Léa a sans doute raison. Mais c'est au-dessus de mes forces, je veux tout savoir, quitte à continuer à souffrir.

- Vas-y, parle. Mais ne t'attends pas à ce que je te prenne en pitié...

Félicity hésite, ses yeux cherchent les miens. Je vois ses lèvres trembler avant qu'elle ne prenne une grande inspiration.

- Je veux que tu saches d'abord que mon père m'avait promis de me donner des nouvelles de toi si j'acceptais ses conditions... Mais il me mentait. Pendant trois ans, j'ai cru que tu avais refait ta vie, que tu avais trouvé un autre travail... Je pensais que tu allais bien. Je n'ai appris la vérité qu'après sa mort...

- Et c'est moi qu'il traitait d'assistant naïf... et donc quoi ? Tu es venu à ton tour me prendre en pitié ?

- Tu ne comprends pas... si j'avais désobéi, il t'aurait détruit. Pas seulement ta carrière, mais ta vie entière... tout ce que tu avais construit aurait volé en éclats.

- Mais elle l'a été, Félicity... ma putain de vie est parti en éclat ce jour-là !

Ma voix éclate dans l'air, imprégnée d'une douleur brute et incontrôlable.

- Et toi... tu l'as laissé faire. Tu as tourné le dos à tout ce qu'on avait, pour courir vers la solution la plus simple. Vers lui.

- Je ne l'ai jamais aimé. Je n'ai jamais aimé personne d'autre que toi. Chaque jour où je souriais à Tom, chaque fois que je jouais ce rôle devant mon père, je mourais un peu plus à l'intérieur...

Elle laisse échapper un sanglot étouffé, comme si les mots lui étaient insupportables.

- Mais au moins, toi... toi tu étais sauf.

Je la fixe, et chaque mot qu'elle prononce s'écrase sur moi tel un poids insupportable, me laissant sans voix.

- Sauf ? Je suis censé être reconnaissant que tu m'aies laissé sombrer dans l'oubli pour me "sauver" en me brisant ?

Elle s'approche encore, cette fois d'un pas plus ferme.

- Oui. Parce que si je ne l'avais pas fait, tu serais en prison, ou pire. Il avait déjà des preuves, Sacha. Des témoins, des rapports...

Elle s'approche encore doucement en prenant une grande respiration.

- Ton passé... je sais que tu as traversé l'enfer, et il y a des choses que je n'ai jamais osé demander...

Je la regarde de nouveau avec stupeur. Un silence tombe. Mon souffle devient plus irrégulier.

- Ma mère...

- Oui, je suis au courant...

Comment a-t-il pu découvrir ce passé que j'ai tant voulu oublier ? Cette tragédie qui m'a hantée chaque nuit depuis. Cette histoire qui est enterrée depuis des années... que seules les autorités de cette ville et moi sommes au courant. Mon rythme cardiaque s'accélère, je vais m'évanouir...

- Elle est morte devant toi...

- Arrête... Stop !

- C'était que de la légitime défense, mais elle est tombée sur une pierre...

Je recule. Je me retrouve plusieurs années en arrière. Je suis redevenu, cet adolescent en pleurs au commissariat.

- Elle... elle voulait me prostituer... me vendre à des hommes pour qu'elle reçoive de l'argent à chaque fois qu'on me...

Félicity déglutit difficilement et mes larmes coulent tel un torrent sans que je ne le veuille.

- Mon père voulait rouvrir l'enquête... il voulait prouver que tu étais violent, que tu l'avais tuée... Et puis, il m'a menacée. Il m'a forcée à tout accepter : diriger ses entreprises, épouser Tom, avoir des enfants... Il a pris tout ce que je voulais avec toi et l'a transformé en quelque chose d'autre... quelque chose qui ne serait jamais toi.

Elle se rapproche d'un pas, mais s'arrête, incertaine. Je peux sentir sa peur, sa douleur, mais aussi sa détermination.

- Je ne veux pas de ta pitié... mais je veux que tu saches que... j'ai été manipulée, brisée... violée, même dans ma volonté... tout ce que je voulais, c'était être libre... libre de t'aimer comme je le souhaitais.

Je serre les poings, ma respiration est saccadée. Je sens ma colère, ma confusion, et mon désir de comprendre se mêler dans un tourbillon incontrôlable. Je sèche mes larmes avec le revers de ma main et je confronte enfin son visage.

- Avec Tom, tu...

- Je l'ai quittée, Sacha...

- Et tes enfants... ?

Un instant de silence passe, puis elle sourit faiblement, ses yeux brillants de larmes.

- Mon garçon s'appelle Constance... et ma fille, Firiel... Ils te connaissent déjà, tu sais... je leur parle beaucoup de toi...

Une douleur sourde envahit ma poitrine.

- Constance... c'est mon deuxième prénom... et je me souviens qu'on avait dit aimer le prénom Firiel à cause de cette anime qu'on avait regardé.

- Oui et tu as rigolé en disant que je devrais appeler ma fille comme ça... j'avais besoin d'un peu de toi chez eux... Pour tout te dire, Constance te ressemble assez, je trouve... il est patient et doux... rien avoir avec son père.

Je ferme les yeux un instant, le poids de ses mots m'écrasant.

- Tom ne voudra jamais que je m'approche d'eux...

- J'ai leur garde exclusive, c'est à moi d'en décider... mais, tu veux les rencontrer... ?

- Je ne sais pas...

- Je comprends... je ne veux en rien te forcer à faire quoi que ce soit. Je suis venu ici pour tout clarifier. Je n'attendais absolument rien après ce que ma famille t'a fait... et je comprendrais que tu n'aies plus envie d'entendre parler de moi après tout ça...

Je suis perdu. Pourtant, la seule chose dont je rêve depuis des années est en train de se produire. Elle est là, devant moi, à nouveau... Je ressens un besoin viscéral de sentir sa peau, de goûter à ses lèvres, de me perdre dans ses yeux. Je veux respirer à nouveau. Mais mon amour pour elle m'a déjà presque tué plusieurs fois... Est-ce que c'était pareil pour elle ? Je suis totalement désorienté, jusqu'au moment où...

- Le bracelet... tu le portes. Ce jour-là, il n'était plus à ton poignet...

Elle baisse les yeux remplis de larmes vers son poignet.

- J'étais obligé de l'enlever... Si je le portais, et que mes yeux se dirigeaient vers le bracelet, je risquais de craquer et de te mettre en danger. Ce jour-là... si je t'avais regardée, ne serait-ce qu'un instant... je... je...

Elle pleure, comme ce jour à l'hôpital... sa voix tremble et ses mots sont à peine perceptibles...

- J'ai cru que j'étais morte, jusqu'à ce que je te voie dans ton entreprise... Je te jure que ma vie s'est arrêtée, depuis ce jour... je...

Je n'en peux plus. Mon souffle est court, ma poitrine se serre, et une vague de chaleur me traverse. Avant même que je ne réalise ce que je fais, je l'attrape par les hanches et l'embrasse. Son corps se fige d'abord, puis je la sens céder sous mes lèvres. Nos cœurs battent à l'unisson, si fort que j'ai l'impression qu'ils vont exploser. Je l'attire encore plus près de moi, je retrouve enfin mon oxygène...

Elle répond avec la même passion, comme si elle attendait ce moment depuis toujours. Je sens ses doigts trembler légèrement contre ma nuque, et une larme chaude coule sur sa joue, fondant dans le feu de notre étreinte.

Puis, elle recule légèrement, juste assez pour nous séparer, mais je garde son visage entre mes mains. Elle me regarde avec une intensité que je n'ai jamais vue auparavant.

- Je suis tellement désolée, Sacha... Tellement désolée de tout ce que j'ai dû te faire endurer...

Je reste silencieux, perdu entre le besoin de la retenir contre moi pour toujours et la peur qu'elle disparaisse à nouveau.

- Tu as toujours été ma bouteille d'oxygène... je suis en apnée depuis trois ans Féli... je ne veux plus jamais... plus jamais que tu t'éloignes autant de moi...

- Je ne le ferais plus jamais, je te le jure. J'en mourrais réellement...

Je l'embrasse à nouveau, désespéré de combler ces années de distance. Mes bras se referment autour d'elle. Ses doigts se glissent doucement dans mes cheveux, une sensation que j'avais oubliée, un frisson parcourant tout mon corps. Son contact me réveille comme une étincelle, ramenant à la vie des souvenirs enfouis. Si je pouvais la fusionner à moi, la garder à jamais ancrée dans ma chair, je le ferais...

Ses mains glissent sur mon torse, et je sens sa respiration s'accélérer. Mon cœur bat à tout rompre, nos souffles se mélangent, et je m'autorise enfin à ressentir. J'ôte son chemisier, chaque bouton sautant comme une barrière brisée entre nous. Je goûte sa peau, douce et frémissante sous mes lèvres, et je redécouvre chaque courbe comme une terre promise.

Nos gestes sont fébriles, impatients, mais empreints d'une tendresse nouvelle. Ses doigts trouvent mon sexe et l'enveloppent d'une caresse lente. Je ferme les yeux, éperdu, car même après toutes ces années, rien ne ressemble à ce que je ressens avec elle. Je tremble de plaisir, proche de l'explosion. Durant ces années, j'ai eu le temps de perdre ma virginité une centaine de fois, mais... la sensation reste pourtant différente avec elle...

Je la tourne doucement, mes mains explorant son corps avec une faim presque douloureuse. Quand ma bouche trouve son chemin jusqu'à son sexe, je l'entends soupirer, et chaque son résonne en moi, éveillant une tempête de sensations. Je veux la sentir mienne, entièrement, pour toujours.

Je me redresse, nos regards se croisent, et sans un mot, elle se rapproche, m'embrasse doucement. Ses lèvres contre les miennes, elle murmure :

- J'ai attendu ce moment pendant très longtemps...

Elle retire lentement mon tee-shirt, nos mains explorant la peau nue, nos cœurs battant à l'unisson. Ses doigts s'enroulent autour de mon pénis et doucement, elle me guide en elle. Mon souffle se coupe un instant, l'intensité de cette connexion me submerge. Elle m'enlace, son corps pressé contre le mien, et je sens chaque frisson, chaque battement de son cœur contre ma poitrine.

Je commence à bouger, nos corps s'accordent dans un rythme presque instinctif. Chaque mouvement est un écho de notre amour retrouvé, chaque respiration, une promesse de ne plus jamais se perdre. Elle serre ses bras autour de moi, et je m'abandonne à la vague de plaisir qui monte, emporté par la force de notre désir. Nos corps s'unissent jusqu'à ce que je sente les muscles de son vagin se contracter autour de moi, dans un dernier cri de libération et de retrouvailles.

Nos corps retombent ensemble, et dans cet instant suspendu, je réalise que je viens de faire l'amour avec mon premier et mon dernier amour. Enfin.

Publié le 12/07/2026 / 11 lectures
Commentaires
Connectez-vous pour répondre