Ce fut comme un jour d'inventaire.
En fouillant dans les affaires de mon père, décédé deux semaines plus tôt, j'ai trouvé un vieux cahier d'écolier. Il m'avait bien semblé qu'il m'appelait. Comme autrefois, lorsque j'entendais une voix inconnue, toujours la même, qui me hélait et m'admonestait.
« Franck ! Tu n'es pas sympa avec ta mère, tu as encore oublié de ranger ta chambre. Un jour, tu vas voir, elle va se fâcher tout rouge, et tu auras honte de te boucher les oreilles parce que tu ne connaissais que sa voix douce de maman gâteau. »
« T'es qui, toi ? Le Père Noël ? Tu reviens à la charge ? Serais-tu un harceleur ? Ça fait longtemps que je ne crois plus en toi ! »
Le silence était de retour, glacial. Il me donnait raison, c'était bien le gros barbu qui n'existait que dans la tête des enfants. Nous étions en plein été et j'avais eu des frissons.
Le cahier de papa servait d'intercalaire à deux catalogues des Trois Suisses. Maman était passée par là. Je l'avais imaginé, après l'avoir commandé d'une voix de soldat, s'ouvrant à la page réclamée sans avoir à le feuilleter.
« Cahier, ouvre-toi à la page où papa raconte comment il a... »
« Pas la peine de hurler, je ne suis pas sourd ! »
Et il obéissait.
J'avais, sous les yeux, quelques souvenirs des rapports qu'entretenait mon père en culottes courtes avec les filles du quartier qui jouaient à la marelle devant la maison familiale. Il se perchait à la fenêtre de sa chambre et les arrosait. Elles criaient, hystériques, et s'en allaient faire mumuse sur le trottoir d'en face. Il savait les rameuter. Il leur promettait d'être sage et, pour se faire pardonner, de leur donner des bonbons.
« Vous savez, les filles, il ne faut pas m'en vouloir, je ne suis qu'un garçon. C'est comme un chien avec des chattes. Il leur aboie dessus mais ne les mord pas, au contraire. »
Elles se laissaient attendrir, non sans avoir haussé les épaules dans un ensemble parfait de corps de ballet.
Et il recommençait.
« La prochaine fois, ce sera avec de l'huile bouillante ! Votre peau va cloquer et vous ressemblerez à des crapauds ! De ceux qui ne se transforment jamais en princesses ! »
Il grognait, histoire de les effrayer. Elles revenaient toujours à l'endroit où elles s'exposaient à son amicale douche. Je l'enviais. Il avait eu de la chance. Personnellement, jamais aucune nana n'avait sauté comme un cabri, sous ma fenêtre, quand j'ai été en âge de reluquer ses guiboles. Elle n'enjambait même pas le banc où s'asseyaient les vieilles personnes, ou les femmes enceintes, en attendant le bus. Certaines, de sacrées coquines, me faisaient un doigt d'honneur après que j'avais sifflé pour leur démontrer que je n'étais point indifférent à leur charme.
C'était la même fenêtre. Il avait été décidé, après que mes parents s'étaient mariés, que la chambre de papa deviendrait la mienne. Il avait eu la flemme de délocaliser, dans le cagibi sous l'escalier, certaines babioles qui lui appartenaient. Je les avais poussées contre le mur, à côté de l'armoire dont le miroir reflétait mon image quand je le sollicitais. Lui, au moins, je le commandais du regard, je n'avais pas besoin de crier, au risque de faire sursauter les voisins.
Papa m'avait demandé, avant de mourir, de faire le tri. Il y avait là de l'utile et de l'inutile. Il m'avait conseillé de vendre, aux bouquinistes de la grand-place, ses anciennes éditions des premiers romans de Jules Verne, auteur qui le passionnait. Il avait fait cadeau des titres, parmi les plus connus, à la bibliothèque qui venait d'ouvrir ses portes, à deux pâtés de maisons.
Papa jonglait avec les livres, pas parce qu'il avait de grandes mains, non, parce qu'il avait un grand cœur.
« Nos chers bouquinistes. Il y a une nouvelle génération qui s'intéresse aux anciennetés. Leurs aînés me les ont vendus, tu pourras les leur proposer. Retour à l'envoyeur. Si, un jour, tu as faim, tu ne mangeras pas du bois, m'a dit, un jour, un vieil ami brocanteur qui voulait m'acheter mon buffet Henri II. L'encre et le papier, c'est pareil. Je suis sûr qu'ils t'en donneront un bon prix. »
« J'espère bien ne jamais avoir faim, papa. »
Il avait fermé les yeux afin d'aider ses larmes à déserter son regard.
Chaque fois qu'il essayait de sourire, sa barbe crissait. J'avais toujours peur que ses rides ne s'élargissent telles les failles de notre planète dont les plaques tectoniques jouent aux autos tamponneuses.
Il s'était bien gardé d'évoquer le cahier d'écolier. Il se doutait pourtant que j'allais le découvrir. En avait-il honte, sur son lit de mort ?
La curiosité m'a fait défaut. Pas question d'en poursuivre la lecture dans l'immédiat. Mes mains avaient commencé à trembler et je voyais trouble malgré mes lunettes de presbyte. Je me suis donné un temps de réflexion. Rester dans l'ignorance pendant quelques jours encore, questionnant la nuit dont les conseils m'avaient souvent empêché de dérailler.
« Alors, petit train, tu n'as pas bu ta tisane de mélisse, ce soir. Je me trompe où tu n'as pas envie de dormir. »
Il était clair que c'était un journal intime écrit rétroactivement. Les lettres de papa étaient joliment déliées, et il n'y avait aucune rature. Je l'ai imaginé profitant de l'absence de maman, courant chez la papetière pour s'acheter ce cahier d'écolier.
« La rentrée des classes est loin derrière nous. Votre fils use beaucoup d'encre, apparemment. »
« Non, non. C'est pour moi. »
« Vous retournez à l'école ? »
« J'en aurais bien besoin, oui... mais non. »
« Vous le voulez à spirale ? »
« Quoi donc ? »
« Votre cahier, vous le voulez à spirale ? »
« Peu importe. »
La papetière avait un beau regard émeraude qui troublait papa. C'était écrit dans le cahier, d'une plume soudain malhabile.
C'est dans cette boutique que ma mère se servait, la liste fournie par l'enseignant à la main, le soir même de la rentrée des classes.
Je me suis couché avec la ferme intention de recevoir quelques conseils de dame la nuit. Je savais qu'elle détestait me réveiller, et lorsque je m'endormais sans préméditation, elle me rejoignait dans un rêve qu'elle transformait en cauchemar. Je me réveillais dans un cri de damné. J'en avais la bouche pâteuse, et mal aux mâchoires.
« J'ai des choses à te dire, petit train. »
« Je t'écoute. »
« Tu ne dois pas délocaliser les affaires de ton père. Je sais que tu y penses. L'odeur des vieux livres va te manquer au point de devenir insomniaque, et de te lever, au cœur de moi-même, pour aller sniffer quelques pages d'un roman de Jules Verne. A propos, sais-tu qu'il a écrit des poèmes ? »
Je restais sans réaction. Elle ne s'en offusquait point. J'avais la réponse à ma question muette. Avec, en prime, une info que je jugeai certes sans importance, mais qui prouvait bien qu'un ange gardien veillait sur moi.
« De toute façon, papa m'a fait promettre... »
« Je sais, je sais. »
La nuit suivante, il y eut comme un appel. J'avais fermé les yeux, m'apprêtant à voguer sur la mer des songes. J'ai sursauté. Un bruit de pages que l'on tourne comme on agite un éventail, un soir d'été. J'ai allumé la lampe de chevet, ce qui fit naître une ombre sur le mur me faisant face. Grande et voûtée, elle se baissait pour...
« T'as pas intérêt à toucher à ce cahier d'écolier ! »
« Je veux juste l'effeuiller. Dans mon monde, il n'y a pas de fleurs. Ici, je me contente de caresser le papier. Déjà que je suis privé du plaisir de compter les pétales. »
« Mais... tu parles ? »
C'est le silence qui m'a répondu. J'ai insisté.
« Ombre, tu es l'ombre de qui ? Mon père avait à peu près ta taille... Non. Je dis n'importe quoi. Il a été gâté côté fleurs. Sa tombe est la mieux agrémentée du cimetière. Maman est juste à côté mais, à cause du vent, elle a droit à des fleurs en plastique que je plombe en attachant une grosse pierre aux tiges coupées dépassant du bouquet. »
L'ombre avait disparu, et le cahier était ouvert à la page correspondant à l'entrée en classe de CM2. Il me manquait plusieurs paragraphes, mais bon, puisqu'elle m'avait préparé le terrain.
« L'ombre, j'ai la flemme de me lever, tu veux bien m'apporter le cahier sur le lit ? »
« Tu me prends pour ton larbin ? »
« Papa ? »
C'était son expression préférée... tu me prends pour ton larbin ? Il le disait souvent à maman quand elle préparait le repas et lui demandait de mettre la table.
J'ai alors réalisé que j'étais debout, que je venais de tester l'ombre dans un état second, comme au sortir d'un mauvais rêve. J'ai lancé le cahier sur le lit, il a battu de l'aile, et je suis retourné me coucher dans un silence de cimetière, justement. J'avais eu le temps de remarquer qu'en me baissant, des articulations avaient méchamment craqué, quelque part dans mon corps.
« Ça commence à compter, fils. Tu as quel âge, maintenant ? »
« Allez, je te laisse, petit train ! » a dit la nuit.
« Tu étais encore là ? »
« Je suis toujours là pour toi. Même en plein jour. Chaque nuage qui ombre la vallée me représente. L'arc-en-ciel repeint la grisaille après l'orage. »
« Si tu savais comme je t'aime, dame la nuit. »
« Moi aussi. »
Mademoiselle Buttin, l'institutrice, entra en scène. La dernière étape avant le collège. Il était clair que papa la trouvait jolie. Elle ressemblait à la papetière, avec ses yeux couleur lagon. La classe de CM2 était devenue le lieu où l'on se bat pour plaire à cette jeune femme de trente ans qui se pointait à l'école, chaque matin, le sourire aux lèvres, et en repartait, le soir, pareillement équipée. Le dirlo, un vieux monsieur bientôt retraité, lui faisait une cour discrète, à l'heure de la récré, et cela agaçait papa.
« Mais pour qui se prend-il, celui-là ? Il pourrait être son père, et le voilà qui l'entraîne sous le préau loin de ma vue. Il mériterait qu'elle le rabroue vertement, en public. »
A dix ans, mon père était déjà armé pour flirter avec les collégiennes. J'ai vu des photos que ma mère avait soutirées à l'album de famille. Il était impressionnant.
« Tu n'es pas jalouse quand il minaude avec les voisines ? »
« Pourquoi le serais-je ? Je suis fière, au contraire, d'avoir épousé un homme si souvent sollicité. Mes rivales me motivent à être irremplaçable, et à le rester. Ton papa est un homme de goût. »
« Je ne sais pas, je n'ai pas encore mordu dans sa chair. D'autres me semblent avoir plus d'appétit. Elles ont un petit côté cannibale qui devrait t'inquiéter. Tu es trop cool, maman. »
Je me rappelle le regard de papa lorsqu'il m'avait accompagné chez la papetière, pour acheter un cahier de vacances. Maman s'était absentée. Il lui arrivait de partir seule, en ville. Elle en revenait toujours, le bras chargés de cadeaux.
Pour le moment, il m'avait parlé de son institutrice en classe de CM2.
« La papetière a les mêmes yeux que mademoiselle Buttin. Ça ne me rajeunit pas. Son regard fouille dans ma mémoire. »
« Tu n'as pas peur que je raconte tout à maman ? »
« Pas du tout, fils. Je te fais confiance. On parle entre hommes, je ne fais pas de mal. »
« Tu étais amoureux de ton institutrice, je parie. »
Il avait haussé les épaules, et nous étions rentrés en parlant de tout et de rien. Dans la rue, j'avais remarqué que les femmes se retournaient sur son passage.
Papa racontait comment mes grands-parents avaient été convoqués par mademoiselle Buttin après qu'elle avait constaté une incompréhensible baisse de sa moyenne.
« J'ai l'impression que votre fils est devenu possessif. »
« Comment ça, possessif ? »
Ma grand-mère était très à cheval sur le sens des mots.
« Il est jaloux des autres élèves lorsque je leur attribue une bonne note. Et je l'ai surpris en train de m'espionner alors que je discutais avec les autres instituteurs, dans la cour. Il m'en coûte de vous le dire, mais je crois bien qu'il va redoubler. Sa moyenne est trop basse. Il n’est pas prêt. Le collège attendra une année de plus. »
« Mais... Vous ne m'avez pas répondu... Possessif... Vous êtes sûre que c'est le mot qui convient ? »
« Je n'en vois pas d'autres. »
Mon père a écrit qu'il souriait, que cette histoire l'amusait. Il devinait que le sien s'apprêtait à se fâcher tout rouge. Mademoiselle Buttin a alors lâché la phrase qui tue.
« Et je suis même persuadée qu'il le fait exprès. »
« Vous voulez dire qu'il veut redoubler ? »
« C'est ce que je veux dire, oui. »
« Mais pourquoi ferait-il ça ? »
« Pourquoi croyez-vous qu'il m'espionne, à l'heure de la récré, au lieu d'aller jouer avec les autres gamins ? »
« Peut-être parce qu'il est en avance, au contraire. On aurait dû lui faire faire l'impasse sur la classe de CM2. »
« Je crois que vous surcotez votre fils. »
« Nous le connaissons mieux que vous. »
« Je ne crois pas. Est-ce que vous avez remarqué que, le soir, il rentrait plus tard ? »
"Comment ça ?"
« Je me suis aperçu qu'il me suivait jusque chez moi. »
« Vous allez maintenant nous dire que notre fils est un harceleur ? »
« Vous ne m'avez pas répondu : avez-vous remarqué son retard après les cours ? »
« Oui, mais à son âge, c'est normal, de trainailler en route... »
« Probablement, oui. Mais pas de suivre son institutrice. »
« Vous insinuez qu'il est amoureux de vous. A son âge ? C'est vous, la malade ! »
Mon père avait noté les dialogues comme une pièce de théâtre, avec les tirets cadratins. Mon grand-père était resté silencieux. Il semblait être au courant des travers de son fils. Et il s'exprima enfin, s'efforçant de garder son calme.
« Mais s'il redouble, il obtient ce qu'il veut, et ce qu'il veut n'est pas très naturel. Il ne faut pas en vouloir à ma femme. Elle est perturbée. A la maison, j'ai trouvé des dessins vous représentant nue avec une queue de sirène. »
Mademoiselle Buttin avait blêmi.
« Et tu ne m'as rien dit ? » lança ma grand-mère.
La scène s'interrompait brusquement et reprenait le jour de la rentrée des classes. Papa avait redoublé, mais s'était tenu à carreau. Mademoiselle Buttin avait réussi le tour de force de l'aider à se libérer de son addiction.
Papa avait continué de la suivre, le soir, mais en y mettant les formes. Une fois, elle s'était retournée alors qu'il s'approchait, sur la pointe des pieds.
« Tu ne vas pas recommencer... »
« Non, non. Je voulais juste vous remercier... »
« Me remercier de quoi ? »
« De m'avoir fait redoubler. Je vais pouvoir refaire mon retard. »
« Tu veux peut-être que je te donne des cours de rattrapage. »
Il n'était pas tombé dans le piège, il avait refusé dans un grand sourire avant de détaler comme un lapin.
Le récit de papa s'arrêtait là. L'intuition que la suite se trouvait en aval. Qu'il y avait quelques pages à feuilleter avant de reprendre le fil de l'histoire. Mon père était taquin. J'ai refermé le cahier d'un geste sec. Je suis resté allongé. J'ai éteint la lampe de chevet. Je me suis mis à siffloter un air improvisé, et je me suis endormi. J'ai bondi sur le lit lorsque la sonnette de la porte d'entrée a tintinnabulé. Il faisait jour. Timides, les rayons de soleil s'infiltraient par les interstices. On eût dit les cordes d'une harpe. J'ai eu envie d'en jouer. J'ai regardé l'heure. L'aube tâtonnait. Trop tôt pour le facteur. Je me suis levé et j'ai descendu les marches, vêtu seulement d'un short, en faisant très attention à ne pas me rompre les os. J'ai ouvert la porte et je suis tombé nez à nez avec une vieille dame dont les yeux verts, fascinants, se fixèrent sur ma poitrine couverte de poils blancs.
« Monsieur Breitner ? »
« Oui. »
« Vous ne me reconnaissez pas, c'est normal. Je suis... »
« Mademoiselle Buttin ? »
« Comment ? »
« L'institutrice de mon père. »
« Pas du tout. Je suis l'ancienne papetière. Vous êtes souvent venu avec lui pour m'acheter des cahiers de vacances. »
« Oui, c'est vrai. Je m'en souviens, maintenant. Vos yeux... on ne peut les oublier. Mais quel âge avez-vous ? Euh... et que me vaut le plaisir... »
« J'ai appris le décès de votre vieux papa et je tenais à... »
Il y eut soudain un bruit d'avalanche qui m'a assis sur le lit. Je venais de rêver. Les tours formées par les vieilles éditions des romans de Jules Verne s'étaient effondrées. L'ombre avait-elle était particulièrement maladroite, cette nuit-là ? Etait-ce délibéré ?
« Tes rêves, fils, ressemblent trop aux miens. Il n'est pas interdit, aux morts, de surfer sur les vagues du sommeil. Et nous simulons mieux que les vivants. En doutais-tu ? Je constate que tu n'as pas fini de lire le cahier d'écolier. J'ai sauté quelques pages pour en rédiger la fin. Je suis si taquin, comme tu le sais. »
Je me suis levé et j'ai remis les tours en place. La sensation de rebâtir une cité. Mes mains se couvraient de poussière et je n'avais même pas le réflexe de souffler sur mes doigts pour imiter un coup de vent.
L'ampoule avait grésillé quand, d'un index nerveux, j'avais appuyé sur l'interrupteur. Un papillon de nuit s'est mis en orbite autour du lustre.
« Mais d’où sors-tu, toi ? »
« La lumière, c’est la vie. »
Le cahier de papa trônait sur la table de chevet, ouvert à la page où les derniers mots mouraient dans un tourbillon de lettres déliées.
« A quoi bon écrire avec autant d’application quand on est vieux ? »
« Je ne suis pas vieux, je suis mort. »
– EPILOGUE –
« Et maintenant, fils, je te passe les détails qui ont fait de moi un homme honnête après avoir été un ado peu recommandable.
Il faut que tu saches que j'ai fleuri la tombe de mademoiselle Buttin. Cette femme était une solitaire. Elle était belle, et en avait honte au point de marcher, dans la rue, la tête basse.
Maintenant, c'est à ton tour de lui apporter des fleurs.
Sa tombe se trouve de l'autre côté du cimetière. Le plus loin possible de celle de ta mère.
La mort va me prendre. J'ai bien et longtemps vécu. Elle ne l'a pas supporté. »
« Je ferai selon ton bon plaisir, papa. »
Un autre bruit d'avalanche. Comme si...
Comme si quelqu'un glissait dans l'escalier.
J'ai lancé le plus poignant des adieux au fantôme de mon père.
« Tu t'es fait mal ? »
« Mais non, voyons ! Tu sais bien qu'un mort ne souffre pas ! »
Il ne me restait plus qu'à vendre les vieilles éditions des romans de Jules Verne aux bouquinistes qui m'en donneraient un bon prix. Il n'y a pas d'âge pour se faire un peu d'argent de poche.
Quant au cahier d'écolier... il servirait de combustible. Depuis le temps que la cheminée, dans le salon, réclamait une étincelle pour renaître de ses cendres...