Le Lion et la Mouffette (fable)

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De rage et de colère un lion rugissait,

Dans la brousse ébranlée où il régnait en maître.

Un vieux singe servile est venu lui annoncer,

Qu’un habitant des lieux ne veut pas se soumettre.

 

« Quel est donc l’inconscient ? Je maudis son engeance !

Il ose contester mon pouvoir souverain ?

Ou bien il se dédit du refus d’allégeance,

Ou je l’écraserai sous ma patte d’airain !

 

Qu’on aille me quérir ce frondeur sur le champ !

Je veux devant vous tous, résoudre cette affaire !

S’il ne renonce pas, mon bras sera tranchant

Et la punition, pour mon peuple exemplaire. »

 

Aussitôt les vassaux du roi de la savane,

S’affairent pour mener le rebelle au lieu dit.

Le lion ébahi découvre le profane,

Un petit animal au museau rebondi.

 

Dans la cour du félin grouillante de sujets,

La mouffette fait face à leur chef truculent.

La queue mi-relevée, le pelage noir jais,

Festonné en partie d’un beau panache blanc.

 

Au vu du gabarit minime du mutin,

Le dynaste adouci veut se montrer clément :

" Repens-toi à présent, soumets-toi, diablotin !

Et je t'épargnerai un jugement cinglant. "

 

Le petit mammifère aux prunelles espiègles,

Présente à l’assemblée un minois peu craintif,

Nez en l'air aussi fin qu'une tête d'épingle,

Il  s'adresse au lion. au bon peuple attentif :

 

" De chef n'ai nul besoin : je vaque à mes affaires

Depuis que je suis né, sans payer de gabelle,

Je me défends tout seul et je n'aurais que faire,

D'un pouvoir souverain qui puise à ma gamelle.

 

Je ne reconnais pas l'empire léonin,

Cossard et adoubé par un peuple sans bec,

Sur ce, je te salue, je reprends mon chemin,

Et te laisse à tes oies, à leurs salamalecs.

 

Le lion excédé hérisse sa crinière,

Puis se dresse d'un bond, prend un air menaçant,

La mouffette se tourne et montre son derrière,

Au roi des animaux, qui pique un coup de sang.

 

Sur le museau du roi il projette une humeur

Voisine du pissat, mais plus nauséabonde,

Le lion pollué, éprouve un haut-le-cœur,

Rendu inoffensif pendant quelques secondes.

 

A notre mouffette, c’est le temps nécessaire

Pour échapper aux feux du félin affligé,

Qui garda très longtemps cette odeur délétère

Et la déconvenue devant tous ses sujets.

 

Ainsi, quand on excelle en force ou en souplesse,

On a tort de se croire au dessus du panier.

D'autres arts offensifs que l'on croit sans noblesse,

Peuvent vous terrasser et vous excommunier.

 

Parfois c'est un discours, une fronde, un virus,

Le venin d'un serpent, la patience du rat,

Le rets de l'araignée, l'attaque d’une puce,

Et dans notre fiction, l'humeur d'un fier putois…


Publié le 25/03/2026 / 4 lectures
Commentaires
Publié le 25/03/2026
Ce texte m’a immédiatement fait penser aux fables de Jean de La Fontaine. On y retrouve la même structure claire, la même ironie fine et cette manière élégante de faire parler les animaux pour mieux révéler les travers humains.Le poème joue habilement sur les contrastes : grandeur et petitesse, force et ruse, majesté et ridicule. Le ton reste léger, presque humoristique, mais la leçon est profonde : la puissance brute ne vaut rien face à l’intelligence ou à la singularité...Un texte à la fois savoureux et réfléchi, qui mêle esprit, poésie et sagesse. J’adore !
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