Perdre sa peau

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Se perdre,
c'est ne plus reconnaître son visage dans le miroir.
Regarder sans se trouver.

C'est ne plus pouvoir se tenir nu.
Toujours habillé,
pour plaire,
pour appartenir,
pour ne pas déborder.

J'ai porté des peaux.
Les unes sur les autres.
Ajustées, resserrées, échangées, abandonnées.
Chaque fois persuadé:
celle-ci sera la bonne.

Et puis je me suis fui.
Longtemps.
Jusqu'à m'épuiser de moi-même.

Alors, une part de moi a cédé.

Et j'ai retrouvé, presque par honte,
une peau laissée de côté,
trop simple, 
trop nue,
trop vraie.

Une peau d'âne.

Elle était brute.
Animale.

Mais elle était mienne.

Je l'avais quittée.
Laissée derrière
comme on abandonne une odeur trop forte.
Par dégoût.

Pourtant, c'était elle
qui me tenait au chaud.

Et dessous,
je rêvais encore.

Les yeux ouverts.


Publié le 29/03/2026 / 21 lectures
Commentaires
Publié le 29/03/2026
Les images sont fortes : « se tenir nu », « porter des peaux », « abandonner une odeur trop forte ». Elles traduisent à la fois la douleur et la tendresse du retour à soi. La fin, avec « Les yeux ouverts », laisse une lumière discrète, une respiration après la traversée. C’est un poème d’écorché lucide, mais apaisé, qui touche à la vérité du corps et de l’être. Bravo👏
Publié le 29/03/2026
Merci, Mary, pour ton regard. Ça me touche, vraiment.
Publié le 10/04/2026
Très beau poème, très juste. Etre ou ne pas être tu réponds en poème à cette question, de manière imagée, forte et sensible. Bravo.
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