Qui se cache derrière l’écran ?

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Derrière un pseudo, un avatar, parfois même derrière une image volée ou générée, il y a des personnes qui oublient volontairement une chose essentielle. De l’autre côté, il y a quelqu’un. Pas un objet. Pas un fantasme. Pas une surface sur laquelle projeter ses pulsions, ses frustrations ou son vide. Une personne réelle, avec des limites, une dignité, un consentement.

Le manque de respect est devenu presque banal. Envoyer une photo sexuelle non demandée. Imposer un corps, un sexe, une image sans avoir demandé quoi que ce soit. Comme si l’écran effaçait la violence du geste. Comme si le numérique autorisait tout. Utiliser l’intelligence artificielle pour détourner des visages, des corps, des voix, sans accord, sans scrupule, sans conscience. Voler une image, une identité, une intimité, puis appeler ça de l’humour, de la créativité ou du jeu.

Derrière l’écran, certains se permettent ce qu’ils n’oseraient jamais faire en face. Ils confondent anonymat et autorisation. Distance et impunité. Ils parlent mal, sexualisent sans demander, envahissent sans se poser de questions. Ils ne voient pas, ou plutôt ils choisissent de ne pas voir, l’impact de leurs actes. Comme si l’absence de regard suffisait à faire disparaître la responsabilité.

Ce n’est pas seulement de la vulgarité. C’est une forme de bêtise humaine, décomplexée, assumée, parfois revendiquée. Une pauvreté émotionnelle qui se cache derrière le cynisme, la provocation ou l’ironie. Des fausses personnes, sans cœur, sans empathie, qui utilisent l’écran comme un terrain de jeu où tout serait permis. Où l’on peut blesser, humilier, réduire l’autre à un objet, puis disparaître sans jamais répondre de rien.

Et puis il y a la meute. Ceux qui n’agissent même plus seuls. Ceux qui suivent, qui répètent, qui attaquent en groupe sans vraiment comprendre. Ils reprennent les mots d’un autre, le ton d’un autre, la colère d’un autre. Ils se rangent derrière une figure dominante, une opinion majoritaire, un guide qu’ils ne questionnent pas. Ce n’est plus une réflexion personnelle, c’est une adhésion mécanique. Ce n’est plus une opinion construite, c’est une croyance répétée. Un fonctionnement qui dit beaucoup de notre société, une société qui réagit plus qu’elle ne pense, qui suit plus qu’elle ne réfléchit, qui préfère appartenir à un groupe plutôt que d’assumer un regard critique.

Ce qui est le plus épuisant, ce n’est même pas leur existence. C’est la place qu’ils prennent. Le bruit qu’ils font. L’espace qu’ils occupent. Ils donnent l’illusion d’être nombreux alors qu’ils sont surtout alignés. Ils imposent leur médiocrité comme une norme, leur absence de pensée comme une force collective. Et pendant ce temps-là, ils abîment les échanges, salissent les relations, rendent la confiance plus rare.

L’anonymat n’est pas le problème en soi. Il peut protéger, libérer la parole, permettre à certains d’exister sans danger. Le problème, c’est ce que certains en font. Quand il devient un permis d’être odieux. Quand il sert à déverser frustrations, colères, échecs personnels sur des inconnus choisis comme exutoires. Quand la lâcheté se déguise en audace.

Alors la question reste entière. Qui se cache vraiment derrière l’écran. Quelqu’un qui refuse toute responsabilité. Quelqu’un qui se nourrit du déséquilibre. Quelqu’un qui sait très bien qu’il ne risque rien, ou presque.

Derrière l’écran, certains savent très bien ce qu’ils font. Et ils continuent. Pas par ignorance, mais parce que l’impunité est confortable.


Publié le 11/01/2026 / 8 lectures
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