Rien de rien
Je suis allongé sur mon lit,
les yeux fermés.
Comme souvent, je voyage.
Je survole l’espace,
j’agence l’univers,
je traverse l’invisible.
Je vais toujours plus loin,
sans savoir vers quoi.
Et soudain je me dis :
Ça ne s’arrête jamais.
Jamais.
Jamais.
Alors une autre idée arrive.
Et si, à force d’aller toujours dans le même sens,
je revenais un jour exactement là d’où je suis parti ?
Je serais parti d’un côté
pour revenir par l’autre.
Comme ceux qui autrefois quittaient la terre connue,
persuadés qu’en poursuivant leur route
ils finiraient peut-être par retrouver leur point de départ.
Puis tout disparaît.
Je me demande :
Et s’il n’y avait absolument rien ?
Mais quand je dis rien,
ce n’est pas le noir.
Le noir est encore quelque chose.
Ce n’est pas le vide.
Le vide suppose encore un espace pour être vide.
Ce n’est pas le silence,
car le silence suppose qu’il pourrait y avoir un son.
Ce n’est même pas l’absence,
car l’absence garde encore la trace
de ce qui aurait pu être présent.
Non.
Rien de rien.
Ni espace.
Ni univers.
Ni matière.
Ni temps.
Ni lumière.
Ni obscurité.
Ni avant.
Ni après.
Pas de commencement.
Pas d’intermédiaire.
Pas de fin.
Pas même un endroit
où le rien pourrait se trouver.
Personne pour en être témoin.
Personne pour savoir
qu’il n’y a rien.
Il n’y a même rien à savoir.
Pas d’étendue noire.
Pas de vide immense.
Pas de profondeur.
Rien n’existe.
Et rien,
cela veut dire rien.
Rien de rien.
Et pourtant,
dans ma tête,
je peux le concevoir.
Puis une autre question surgit :
Et si la vie était simplement une erreur dans l’univers ?
Une anomalie.
Un accident de matière
qui, un jour,
s’est mise à respirer,
à regarder,
à aimer,
à souffrir,
puis à se demander
pourquoi elle était là.
Peut-être que rien de tout cela
n’était nécessaire.
Peut-être que les étoiles pouvaient brûler
sans personne pour les regarder.
Que les galaxies pouvaient tourner
pendant des milliards d’années
sans qu’aucune conscience ne leur donne un nom.
Et pourtant nous sommes là.
Petits morceaux d’univers
capables de regarder l’univers.
Capables même d’imaginer
qu’il aurait pu ne jamais exister.
Puis j’ai rouvert les yeux.
La chambre était toujours là.
Le lit aussi.
Et moi aussi.
Alors je t’écris