J'en ai marre.

 

Pas la colère qui éclate et qui passe.

Plutôt celle qui s'installe doucement, quelque part entre la fatigue et le trop-plein.

 

Marre de mon cerveau qui ne s'arrête jamais.

Des pensées qui tournent, se croisent, reviennent.

Des mots que je retourne cent fois avant de les écrire et mille fois après les avoir partagés.

 

Marre aussi de cette société qui semble avoir oublié comment se parler.

Tout devient affrontement.

Il faut choisir son camp, défendre chaque mot, encaisser ceux des autres.

Et moi, au milieu de tout ce bruit, je crois que je me suis simplement fatiguée.

 

Alors j'écris.

 

Parce que les mots ont toujours été ma façon de faire sortir ce que je n'arrivais pas à garder dedans.

 

Mais partager, c'était autre chose.

 

Je voulais que mes mots voyagent un peu.

Qu'ils trouvent quelqu'un quelque part.

Un regard qui s'arrête.

Un silence qui comprend.

Peut-être simplement sentir qu'ils n'étaient pas tombés dans le vide.

 

Oui, j'avais besoin de reconnaissance.

Ça me coûte un peu de l'écrire, mais ce serait mentir que de prétendre le contraire.

 

Et finalement, à vouloir que mes mots trouvent un écho, je n'ai fait que nourrir ma propre frustration.

 

Je suis une éternelle insatisfaite artistique.

Un texte terminé ne l'est jamais vraiment.

Un mot pourrait toujours être plus juste.

Une phrase plus belle.

Une émotion plus forte.

 

Rien ne suffit vraiment.

Surtout pas à moi.

 

Alors je continuerai sûrement d'écrire.

Dans un carnet, sur un écran, au milieu de la nuit quand mon cerveau décidera encore que dormir est facultatif.

 

Mais je crois que je vais arrêter de partager.

 

Pas pour qu'on me retienne.

Pas pour qu'on me demande de rester.

Juste parce qu'à un moment, il faut savoir reconnaître quand quelque chose nous fait plus de mal que de bien.

 

Mes mots resteront avec moi.

 

Et peut-être que c'est là qu'ils seront le moins seuls.

 

Quant au reste…

 

J'en ai marre du bruit.

J'en ai marre de cette colère permanente.

J'en ai marre de regarder ce pays devenir un endroit dans lequel je me reconnais de moins en moins.

 

Alors oui.

 

Vivement que je me casse de ce pays.


Publié le 09/08/2026 / 16 lectures
Commentaires
Publié le 09/08/2026
C'est un texte très fort, surtout "J'en ai marre de regarder ce pays devenir un endroit dans lequel je me reconnais de moins en moins". C'est un sentiment universel, qu'on a déjà tous connu, d'autant plus quand on est seul avec ce qui nous affecte, qu'on n'est pas écouté. Je comprends qu'on ressente l'envie de lâcher mais il faut se battre. La pluie ne tombe pas tous les jours, et quand le soleil se met à briller il est bon d'en profiter.
Publié le 10/08/2026
Je crois que tu touches un point sensible. Pour quoi, pourquoi, pour qui nous écrivons. Pour être mieux, pour être grand, plus léger, pour rêver ou au contraire se délester, pour l’être aimé, pour soi ou pour d’autres. Je vais raconter une anecdote. Il y a longtemps, j’avais un blog. Je postais mes poèmes et un jour j’ai eu droit à un article sur la page d’accueil du site par une blogueuse qui avait du succès. Soudain mes vues explosent. Je jubile à l’intérieur. J’ai des admiratrices. Je recois de l’amoir, de l’attention, des cadeaux même. Sauf que je me suis perdu. Une fois la vague passée, il ne reste pas grand chose. J’ai appris de cet évènement. Je sais pourquoi j’écris et c’est pas grave si je ne suis pas connu pour ça. Nous avons tous et toutes nos raisons, notre chemin, notre style, des personnes qui nous rejettent ou nous aiment. Personne ne t’en voudra de partir mais si tu restes tu trouveras peut être des personnes avec qui échanger.
Publié le 10/08/2026
Tes mots, partagés ici, me touchent profondément : je ressens ta douleur, si vive. Ce partage te fait souffrir, et cela me navre sincèrement. Tes émotions, à travers ce texte, sont palpables, tellement émouvantes. Tu fais partie de ces êtres écorchés que j’aimerais connaître, non pour t’envahir, mais justement pour partager. Notre société est effectivement désolante, et nous sommes sans doute nombreux à nous sentir perdus. Pour ma part, je veux encore continuer à me battre, sans rien attendre en retour, car les causes que je défends sont, très certainement, perdues d’avance. Je ne pense pas que l’herbe soit plus verte ailleurs, car ce n’est pas notre pays qui est gangrené, mais le monde dans lequel nous vivons. Je crois comprendre ce que tu ressens, et je respecte tes choix. Cependant, tes écrits vont me manquer : ils sont d’une telle sincérité. Je te transmets, à travers cet échange, un souffle de sororité. Que les vents te soient favorables.
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