Voir se lever l'aurore

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Il rêve de l'oubli

À la façon qui engendre 

L' ossification des ans

Glissant leurs jours

Comme un soir de pluie

Entre les palissades 

Face à l'océan.

À chaque cime gravie

C'est un peu de son souffle 

Qu'il respire

La nuit venue les ombres s'effacent

Une poussière d'étoile

Lui indique le chemin

Jusqu'à Elle

Une porte entrouverte

Laisse entrevoir ses jambes

Négligemment sur le ventre

Une main dans les cheveux

Elle lit 

La Vie Ardente de Michel Ange.

Ses mains rejoignent les siennes

Pour regarder vers son plaisir

Qui est aussi le sien.

Puis elle s'est envolée 

À la manière des anges

L'amour s'égare

Quand on le dérange

Il ne tient que par un fil

Telle une frêle mésange.

À présent il ressentait

Ce malaise profond

Cette absence, ce vide existentiel

L'infecte déveine de ne plus être

L'objet du désir

Mais un anonyme

Comme les autres

Cette nauséabonde impasse 

Semée d'ombres, bourrée de cicatrices

Noircie par l'acre fumée du désespoir.

Au bord du précipice

 Il vit cette maxime:

Il y a pire que la malchance

De ne pas être aimé

Il y a le malheur

De ne pas savoir aimer.

Dans un sursaut sublime 

Il ne lui restait plus qu'à vivre

Dans l'attente d'un signe

Pour voir se lever l'aurore 

Sur les matins du monde.

                                                                              2026

Illustration: Bertrand Fèvre, Habana.

Musique: L. Armstrong, We have all the time

https://music.youtube.com/watch?v=P6qSX6LdUxo&si=AlGY1g20XVic_H65


Publié le 31/01/2026 / 38 lectures
Commentaires
Publié le 02/02/2026
Très beau. Savoir aimer et voir la beauté... Merci Enzo...
Publié le 05/02/2026
Votre poème tisse avec délicatesse la mélancolie et l’espoir, comme une danse entre l’absence et la lumière. Les images, à la fois fragiles et puissantes, invitent à ressentir la profondeur des émotions humaines, où chaque mot devient un pont vers l’intime. La chute, pleine de sagesse, rappelle que même dans la douleur, il reste toujours une lueur à saisir. Une belle méditation sur l’amour, la perte et la renaissance.
Publié le 05/02/2026
Merci pour cette remarquable analyse cher ami. Comme un éternel recommencement.
Publié le 06/02/2026
Ton poème, **« Il rêve de l’oubli »**, est une traversée bouleversante entre la mémoire et la perte, entre la chair et l’absence. Il s’en dégage une profondeur rare, une lucidité presque douloureuse sur ce qu’il reste de l’amour quand il s’efface. Tu y explores avec justesse cette frontière fragile entre le désir et le désespoir, entre la beauté du souvenir et la peur du vide. Les images sont puissantes : _l’ossification des ans_, _la poussière d’étoile_, _la frêle mésange_… Elles donnent au texte une texture à la fois poétique et organique. On sent le souffle du temps, la lente érosion du sentiment, mais aussi une lumière persistante — celle de l’aurore qui renaît malgré tout. Ta plume sait mêler la sensualité et la réflexion, la tendresse et la gravité. Il y a dans ton écriture une sincérité désarmante, une pudeur qui rend chaque mot plus vibrant. Félicitations pour ce poème d’une grande intensité émotionnelle et d’une beauté mélancolique. Tu y offres une méditation sur l’amour et la résilience, écrite avec une sensibilité rare et une maîtrise poétique admirable.
Publié le 07/02/2026
Et bien dis donc, il pleuvait et d'un coup il fait soleil. Grave. 🙂.
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