Une fois connecté à votre compte, vous pouvez laisser un marque-page numérique () et reprendre la lecture où vous vous étiez arrêté lors d'une prochaine connexion en vous rendant dans la partie "Gérer mes lectures", puis "Reprendre ma lecture".
Je quittai Élise plus tard que d'habitude.
Les couloirs étaient presque déserts. À cette heure, la ville ralentissait doucement. Les trains circulaient encore, mais plus espacés. Les conversations devenaient rares. On n'entendait plus que le souffle régulier de la ventilation et le bourdonnement lointain des installations techniques.
Je marchais sans me presser.
Pour la première fois depuis longtemps, je ne ressentais pas le besoin de remplir le silence.
Les paroles d'Élise continuaient de m'accompagner.
Les décisions fabriquent aussi des habitudes.
Cette phrase paraissait simple.
Pourtant, elle s'invitait partout.
Je passai devant une fontaine publique. Quelques enfants remplissaient leurs gourdes avant de rentrer chez eux. L'eau coulait avec une régularité parfaite. Personne ne semblait y prêter attention.
Je m'arrêtai.
Une mère me regarda avec curiosité.
Je réalisai que j'étais la seule à observer cette eau comme si elle était extraordinaire.
Je repris ma marche.
Un peu plus loin, une classe quittait une école. Les enfants riaient, se poursuivaient dans le couloir, échangeaient leurs sacs sans que les adultes interviennent. Leurs éclats de voix résonnaient contre les parois de béton.
Je souris.
Les enfants n'avaient pas changé.
Quel que soit le siècle, ils trouvaient toujours un moyen de transformer un couloir en terrain d'aventure.
Cette idée me fit du bien.
Tout n'avait pas disparu.
En rentrant chez moi, je désactivai les projections murales qui donnaient l'illusion d'une fenêtre ouverte sur une vallée.
Le mur gris réapparut.
Je restai plusieurs minutes devant lui.
Il ne cherchait pas à me convaincre qu'il était autre chose que du béton.
Il existait simplement.
Je me demandai si nous ne passions pas parfois trop de temps à vouloir embellir le réel avant de le regarder tel qu'il était.
Je préparai mon repas.
Les légumes provenaient des bulles agricoles. Leur goût était parfaitement régulier. Les nutritionnistes s'en félicitaient depuis des décennies. Chaque variété avait été sélectionnée pour répondre au mieux aux besoins de la population.
Je pensai soudain aux vidéos des archives.
Les tomates n'avaient pas toutes la même forme.
Les fraises semblaient plus ou moins sucrées selon les saisons.
Les pommes portaient parfois des taches.
Je n'avais jamais imaginé qu'une imperfection puisse être le signe d'une bonne santé.
Après le dîner, le Réseau Sensoriel m'envoya sa recommandation quotidienne.
Une promenade au bord d'un lac de montagne pourrait favoriser votre récupération.
Je regardai la notification quelques secondes.
Puis je la refermai.
Sans colère.
Sans mépris.
Je n'en avais simplement plus envie.
À la place, j'ouvris le carnet dans lequel je notais désormais mes lectures.
J'y écrivis une seule phrase.
On s'habitue plus facilement au confort qu'à la liberté.
Je la relus plusieurs fois.
Je n'étais pas certaine qu'elle soit juste.
Mais je savais qu'elle méritait au moins une question.
Et, depuis quelque temps, j'avais l'impression que les questions me faisaient davantage avancer que les réponses.