Je viens sur les réseaux pour me connecter. C’est ce que je me raconte, que je cherche des gens, alors qu’au fond je cherche simplement à ne pas me retrouver seule avec moi-même. Je venais aussi pour rire et me détendre. Aujourd’hui j’ai l’impression d’évoluer dans un flux de désinformation permanente où l’inquiétude a remplacé l’humour.

Je sais quand ça a basculé. Le jour où un réseau d’échanges est devenu une machine à bruit.

Le réel me fatigue. Il va vite, il remplace, il oublie, il consomme. Il ne sait pas quoi faire des gens entiers. Alors je viens ici espérant trouver un écho. Et j’en trouve. Des gens fissurés, des égocentriques, des êtres trop intenses et souvent des bienveillantes inattendues. On se reconnaît, on se comprend à demi-mot. Mais chacun derrière son écran. On se connecte sans se toucher. On se comprend sans vraiment se porter.

Et souvent les follows consomment mes messages. Ils lisent, ils likent et ils passent. Sans jamais se demander si moi derrière les phrases je vais bien. Je donne des morceaux de moi, des nuits, des pensées et des fissures. Et souvent j’ai l’impression que ça défile comme le reste, que je deviens un contenu parmi d’autres, une émotion à scroller.

Il y a eu des fois, trop de fois, où dans le réel comme sur les réseaux j’ai affronté seule des monstres pendant que certains détournaient les yeux et que d’autres appuyaient exactement là où ça faisait mal.

Tout me fatigue. Le monde me fatigue. Les gens me fatiguent et souvent je me fatigue moi-même. Comme si on m’avait réglée trop haut, trop entière, trop attachée et trop impliquée. Je n’arrive pas à faire les choses à moitié. Quand j’aime, j’aime vraiment. Quand je m’attache, je m’accroche. Et chaque fois il y a cette chute, cette sensation d’abandon qui revient presque familière. Je me retrouve seule encore face à moi-même avec mes questions qui tournent. Pourquoi je suis comme ça ?
Pourquoi je ne peux pas faire comme tout le monde ?
Pourquoi je ne peux pas consommer les gens sans m’y perdre et aimer sans y laisser des morceaux ?

J’aimerais parfois n’en avoir rien à foutre. Être légère. Ne rien analyser. Ne rien ressentir quand ça bascule. Mais je ressens tout. Trop pour ce monde peut-être. Et j’ai cette impression persistante de ne pas être à ma place comme si le monde fonctionnait sur une fréquence que je ne capte pas.

Alors je viens ici encore comme une tentative.

Et quand plus rien ne va, quand je me sens débordée et saturée d’émotions, ce n’est pas ici que je me réfugie. Ma bulle n’est pas numérique. Ma bulle, c’est le silence, la musique trop forte dans les oreilles, les mots que j’écris quand tout déborde et la nature. Marcher sans parler, respirer loin du bruit, regarder les arbres qui ne demandent rien et sentir le vent sur mon visage comme une preuve que je suis encore là. Quand je vais mal je ne cherche plus des gens. Je cherche de l’air et de l’espace, quelque chose qui ne me consomme pas. La nature ne me demande pas d’être intéressante. Elle me laisse être. Là, je me répare un peu.

Les réseaux c’est la tentative. La bulle c’est la réparation. Et souvent je me demande si je ne passe pas ma vie à osciller entre les deux. À chercher le lien puis à me replier quand il me blesse. Je deviens accro au flux, aux notifications et à l’illusion d’exister dans le regard des autres. Plus je m’expose ici plus je me sens fragile ailleurs. C’est un cercle. Je le vois et pourtant j’y retourne. Parce que disparaître numériquement est plus simple que d’affronter le réel et plus simple que d’assumer ma profondeur dans un monde qui préfère la surface.

Et un jour sûrement bientôt je disparaîtrai. Des réseaux, du bruit et de cette tentative constante d’être comprise en direct. Je me retirerai sans annonce. Pas de drame. Pas d’explication. Juste le silence. Je laisserai derrière moi des mots.

Mon but ultime n’est pas d’être suivie. C’est de laisser une trace écrite. 
Il faut bien que quelque chose reste.

Un livre.

Même s’il n’est pas lu et même s’il ne trouve personne. Juste des pages posées quelque part.

Juste pour ne pas avoir été effacée.


Publié le 17/03/2026 / 39 lectures
Commentaires
Publié le 17/03/2026
Un livre comme une évidence. Ce livre sera lu. Si c'est là ta seule crainte, sois assurée qu'elle est infondée. Je n'écris pas pour être lu par des inconnus, j'écris car les mots étaient là. Les personnes pour qui ils ont été sur la feuille couchés les ont déjà consommés, et parfois, souvent peut-être, ces personnes sont en nous.. et ça fait du bien.. et rien que pour ça tu ne devrais plus hésiter.. procrastine si tu le désires, lance toi si tel est ton plaisir. C'est toi qui décide, toi qui est la barre, toi qui tient la plume.. ce soir je t'ai lue, et ça rien ne pourra l'effacer..
Publié le 22/03/2026
Tu es libre. Libre d'écrire, de venir et de partir. Je fais aussi des pauses. Je me demande si on va m'oublier mais je me raisonne et je me dis que ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel c'est cette liberté de se retrouver ou de se fuir. D'écrire ou de garder le silence. De se battre ou de renoncer. Une balle qui rebondit: une émotion quittée pour une nouvelle qui sera bientôt oubliée. Ou peut être une émotion qui laisse une trace. Je suis touché en te lisant. Je ressens cette émotion sans fard, brut. Je me dis aussi à quoi ça sert de se battre, d'exister. Et le jour d'après, je pense l'inverse et je soulève des montagnes, je réalise que l'impossible peut se réaliser. Ne sois pas si dure avec toi même. Tu es une belle personne dont j'ai plaisir à lire les textes. ( Pas en scrollant mais en prenant le temps ;) )
Publié le 25/03/2026
Ce livre dont tu parles, cet objet rempli de mots qui te permettra d'exister c'est aussi ce que je ressens avec le livre que je suis entrain d'écrire. C'est dire non au silence, oui à la liberté. Ta plume est émotion, ta plume est rebelle, ta plume est comme tu es, ta plume est belle et me touche. Oui, je t'ai lu, et je continuerai avec plaisir à me plonger dans tes sensibles phrases.
Publié le 05/04/2026
Tes mots sont profondément touchants et justes. Ce besoin d’être comprise peut sembler une peine perdue, car seuls quelques-uns sauront vraiment capter ta sensibilité. Pourtant, tu existes, telle que tu es : entière, cabossée, et déjà tu trouves un écho ici, dans cette communauté. Continue d’écrire, ose aller au bout de ton désir. Ce livre ne sera peut-être pas un best-seller, mais il t’aura permis de déverser le trop-plein et de partager avec d’autres âmes sensibles, qui se sentiront moins seules grâce à toi.
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