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Depuis toujours, je regarde la Terre comme une figuration du féminin : une présence immense, complexe, féconde, blessée parfois, toujours souveraine. J’aime imaginer que chaque femme porte en elle une part de Gaïa, de Déméter ou de Pachamama : non pas comme des modèles à imiter, mais comme des forces anciennes, des archétypes vivants, des mémoires du monde.
Dans Paysages de chair, je souhaite cartographier ces femmes-planètes comme on explore des terrae incognitae : pas pour les conquérir, mais pour en recueillir des fragments de trésors enfouis, antiques et fragiles, des traces de civilisations intimes. Le livre se construit comme un atlas poétique, où chaque image appelle son nom, où chaque texte vient souligner, révéler, ou déplacer les contours d’un territoire mystérieux.
Les corps qui traversent cet ouvrage ne sont jamais des prétextes décoratifs. Ils sont mon support émotionnel, mon langage premier, mes paysages intérieurs projetés dans la matière du visible. La nudité y est pensée comme une présence sacrée, jamais comme une provocation : elle ouvre un espace entre méditation, communion et sensualité, là où le corps cesse d’être un objet pour redevenir origine, seuil, mémoire et passage.
Ce livre est en gestation, et je le conçois comme un ensemble d’images et de textes superposés, à la manière des cartes anciennes où les noms, les légendes et les annotations réhaussent les bords du monde connu. Il ne s’agit pas de tout dire, mais d’inviter à voir autrement, à voyager dans l’épaisseur du sensible, à accepter l’inachevé, le pointillé, l’énigme.
Paysages de chair parle de la naissance, de la vulnérabilité, de l’errance, de l’intériorité, de la spiritualité, et de cette tectonique des corps qui nous façonne, nous traverse, nous accueil et nous transforme. C’est un livre de matière et de silence, de blessures et de beauté, de chair et de cosmos. Je convie le lecteur à en entrevoir les premiers balbutiements, comme on entrouvre une porte sur un monde ancien, encore vivant sous la poussière du temps.